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mardi 29 janvier 2013

L’illusion financière : citoyens, pouvons-nous nous taire ?


 C’est au nom de  CEAS, de l’ACO et du MCC qui se sont judicieusement coordonnés que Bernard Leclercq accueille, ce 26 janvier 2013, un spécialiste des marchés financiers,  Gaël Giraud, à la fois jésuite et chercheur au CNRS, venu prononcer une conférence intitulée « illusion financière : citoyens, pouvons-nous nous taire ? ».






1 – Quelle est la vraie situation de la zone euro ?
Les problèmes structurels auxquels la zone euro est confrontée sont pour l’instant occultés. Pour Gaël Giraud, il s’agit de permettre à  Angela Merkel  de bénéficier de l’image de sauveur de la zone euro et ceci afin de faciliter sa réélection en septembre 2013. Mais au lendemain de ces élections,  on constatera que malgré la monnaie unique des divergences se font jour entre les pays du nord de l’Europe et les pays du sud de l’Europe. Les premiers s’industrialisent et exportent alors que les seconds (parmi lesquels la France) se cantonnent à l’agro-alimentaire et aux services. De même qu’aux Etats-Unis d’Amérique, les Etats pauvres bénéficient de transferts en provenance des Etats riches, on pourrait envisager en Europe une solution de type « fédéralisme budgétaire ». Mais une telle solution a peu de chance de voir le jour dans l’immédiat car voila déjà vingt ans que la classe moyenne allemande se serre la ceinture, d’abord pour financer la réunification et ensuite pour maintenir la compétitivité de son industrie. La deuxième difficulté vient de la dette de la Grèce qui augmente (ne fut-ce que pour rembourser les intérêts de la dette) alors que son PIB baisse (notamment suite au plan d’austérité). Face à cette situation, l’orateur propose de la création de monnaie par la BCE (Banque centrale européenne). Certes, on aboutirait à une dévaluation de l’euro mais d’une part, elle serait bénéfique (pour relancer les exportations) et d’autre part, limitée (car le monde entier a besoin d’euros).

2 -  Quelle est la vraie situation des banques ?
La situation dans le monde de la finance est pire en 2013 qu’en 2007. Les banques de la zone euro pèsent maintenant l’équivalent de 3 à 4 fois le PIB des Etats de la dite zone. Elles sont trop grandes pour disparaitre (to big to fail, comme disent les financiers). Et c’est le contribuable qui paie (Dexia, à hauteur de 12 milliards d’euros) ou qui paiera (SFEF, à hauteur de 30 milliards d’euros). Les banques font pression pour refuser la régulation et pour maquiller leurs comptes. En effet, comment expliquer qu’en 2009, elles aient fait des profits extraordinaires six mois après avoir frôlé la faillite ? Elles se sont réunies à Londres et ont demandé à l’IASB de modifier les normes et notamment les règles de valorisation des actifs toxiques. Quant au projet de séparation entre les activités de marché financier et les activités de dépot, il va accoucher d’une mesurette : la filialisation de l’activité spéculative qui ne fait qu’entériner la situation actuelle mais ne constitue pas une cloison étanche entre les deux d’activités, avec le risque que cela entraine pour l’ensemble de la banque.

3 – Quelles sont les solutions au niveau de la France et de l’Europe ?
Le pic de la production de pétrole est atteint et le réchauffement climatique attendu est supérieur à ce qui était prévu il y a encore peu. Il nous faut sortir d’un modèle économique qui repose sur le pétrole. Notre orateur, qui n’est pourtant pas un militant d’EELV nous invite à nous lancer dans la transition écologique. En tant qu’expert du Conseil national du débat sur la transition énergétique, il prône la rénovation thermique des bâtiments, l’écomobilité, et le verdissement des processus industriels et agricoles. Et d’ajouter qu’il s’agit « d’une révolution aussi ambitieuse que la révolution industrielle ». De cet ambitieux programme, on peut certes attendre une amélioration de la balance commerciale, une réduction des émissions de carbone, et la création massive d’emplois non délocalisables, mais quid du financement ? Il faut effectivement compter de l’ordre de 60 milliards d’euros par an pendant 10 ans soit 600 milliards pour la France et 3.000 milliards pour l’Europe. Rappelons que les Etats ont déjà mis à disposition des banques l’équivalent de 4.000 milliards depuis 2008. La transition coûterait donc moins cher que le sauvetage inachevé des banques. 

4 – Que pouvons-nous faire à notre petite échelle ?
La transition écologique pourrait constituer le grand projet de société qui nous manque. La reconstruction de l’Europe est terminée, les grandes utopies mobilisatrices ne font plus recettes, alors il ne reste que la financiarisation, la croyance dans le veau d’or. Pour le  chrétien, c’est du rapport à la Création de Dieu dont il s’agit et de la solidarité avec les générations futures qui par définition aujourd’hui ne peuvent pas faire entendre leur voix. Il y a aussi les gestes quotidiens (composter ses déchets, installer une ruche, préférer la douche au bain, choisir la marche ou le vélo plutôt que  la voiture, etc.). On peut aussi écrire à son député. Eviter la désespérance du petit geste qui, croit-on, ne sert à rien, en reliant le local au global (par exemple, avec des sites du genre de www.koom.org).

Manifestement cette réunion fut un succès : les organisateurs tablaient sur 100 participants et il en est venu plus de 300 ! A tel point que, juste avant de commencer, il a fallu de déménager de la salle paroissiale à l’église Ste-Jeanne-d’Arc. C’est dire d’une part,  l’intérêt que le thème suscite même en dehors du monde des finances et d’autre part, le travail des organisateurs tant au niveau de la diffusion de l’information que du choix d’un orateur dont les qualités pédagogiques sont déjà bien reconnues.
Cette réunion ne va pas rester sans lendemain : il s’agit, en en appelant à la conscience de chacun, de trouver une initiative politique prendre pour freiner la spéculation financière. Dans cette perspective, le CEAS[1] propose de se retrouver dans moins d’un mois pour donner un suivi, voire des suites concrètes, à cette conférence ?

Jean-Marie BEAUVAIS, le 29 janvier 2013, pour le site du diocèse de Tours



[1] CEAS Maison diocésaine 13 rue des Ursulines 37000 Tours ceas37@orange.fr

vendredi 25 janvier 2013

"Que nous demande le Seigneur ?"


du livre de Michée 6,6-8
Avec quoi me présenter devant le Seigneur, m’incliner devant le Dieu de là-haut ? Me présenterai-je devant lui avec des holocaustes ? Avec des veaux d’un an ? Le Seigneur voudra-t-il des milliers de béliers ? des quantités de torrents d’huile ? Donnerai-je mon premier-né pour prix de ma révolte ? Et l’enfant de ma chair pour mon propre péché ?
 On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur exige de toi : Rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu.
La Bible – Traduction œcuménique – TOB

« Ah! Qu'il est bon, qu'il est doux pour des frères d'habiter ensemble! 
2 C'est comme l'huile précieuse qui, répandue sur la tête, coule sur la barbe, sur la barbe d'Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement. 
3 C'est comme la rosée de l'Hermon, qui descend sur les sommets de Sion. Car c'est là que Yahweh a établi la bénédiction, la vie, pour toujours.» (Ps 133)

je vois ce soir des amis, des frères qui se retrouvent et c’est bon ! ...

Ce soir n’est pas n’importe quel soir de la semaine, nous sommes jeudi et rappelons-nous frères en Christ que c’est un Jeudi que Jésus – celui qui nous rassemble ce soir – à fait cette dernière prière « Père qu’ils soient uns pour que le monde croient que tu m’as envoyés ».
Au début du XXème siècle, un homme Paul Couturier (prêtre de Lyon) a eu une intuition inspirée de la prière du Christ, il disait : 
« Si chaque jeudi soir, commémoraison hebdomadaire du Grand Jeudi, une multitude toujours plus grande de Chrétiens de toutes Confessions formaient comme un immense réseau enserrant la terre, comme un vaste Monastère invisible où tous seraient absorbés en la Prière du Christ pour l’Unité, ne serait-ce pas l’aube de l’Unité Chrétienne qui se lèverait sur le monde ? (…) » Pour devenir membre de ce monastère, il invitait chaque chrétien à relire chaque jeudi soir le chapitre 17 de l’évangile de Jean en contemplant le Christ entouré de ses apôtres : La Sainte Cène vient de finir. […] La Passion va commencer. « Il les aima jusqu’à la fin ». Au terme de Sa vie terrestre, au seuil du Calvaire, du tombeau et de Sa Résurrection, le fond de Son âme révèle le fond de Son œuvre. Sa prière englobe tout, résume tout : l’Unité, « Toi en moi, moi en eux, afin qu’il soient consommés dans l’Unité ».
En cette veillée de prière, en ce jeudi 24 janvier 2013, voici que continue de s’accomplir ce vœux prophétique…

    Quand je nous regarde, je ne peux pas m’empêcher de voir une assemblée qui ressemble étrangement à l’assemblée de Sichem dans le livre de Josué au chapitre 24…  Au seuil de l’entrée en Terre promise et « conquise », les tribus d’Israël se retrouvent. Ce jour là elle vous faire alliance. Ces tribus elles viennent d’horizons différents  :
= les fils d’Abraham viennent de Mésopotamie, de l’autre côté du fleuve
= les fils d’Isaac viennent du pays de Canaan et même plus exactement le sud du pays dans la région de Beersheba
= les fils d’Esaü viennent de la région de la montagne de Seïr (= Arabie)
= tandis que les fils de Jacob se sont échappés d’Egypte où ils étaient esclaves (Jos 24,2-7)

(comme nous ce soir : il y a les tribus d'Inde (les indiens ;), des Antilles, de la Chine, il y a même des tribus gauloises en nombre ;-))

Chacune de ses tribus vient donc d’origines différentes, ce n’est donc pas parce qu’elles auraient une origine ethnique ou religieuse commune qu’elles vont s’unir et faire alliance. D’ailleurs en parlant de croyances religieuses, on se rend compte que chaque tribu adorait le dieu de ses pères : 
El Shaddaï, le Dieu de la montagne et du tonnerre pour les fils d’Abraham ; 
El Olam, l’Eternel pour les fils d’Isaac ; 
El Elyon, Dieu très haut pour les fils de Jacob… 
et YHWH pour les fils de Joseph venus d’Egypte.  

Pour le dire autrement avec les paroles du prophète Michée, (qui lui a vécu au VIIIè s. avant Jésus-Christ), observer les rites propres de notre tribu chrétienne (ou tribu d’Israël) ne suffisent pas pour rendre à Dieu un culte véritable, pour entrer en Alliance avec le Dieu véritable !
En nous entendant chanter les louanges du Seigneur, je voyais bien que chacun d'entre nous connait davantage les chants de sa tribus ;-)

Ce sur quoi se fonde l’Alliance à Sichem des tribus du Seigneur entre elles et avec Dieu
- ce ne sont donc ni leur filiation génétique ou leur origine géographique, 
- ni leurs pratiques religieuses, ce ne sont pas même leurs efforts communs pour conquérir le pays – 
Dieu rappelle par la voix de Josué : « Je vous ai donné un pays où tu n'avais pas peiné, des villes que vous n'aviez pas bâties et dans lesquelles vous habitez, des vignes et des oliviers que vous n'aviez pas plantés et vous en mangez les fruits! (v.13) »

Ce sur quoi repose l’Alliance à Sichem des tribus du Seigneur entre elles et avec Dieu = c’est un Don. Ce que nous sommes, assemblée des tribus du Seigneur, de chacune de nos dénominations chrétiennes c’est un DON du Seigneur – il a fait don de sa Vie – Et ce don s’est manifesté dans l’histoire de notre monde en Jésus-Christ qui s’est livré entre nos mains.
       Si notre Dieu est un Dieu de paix et de communion – qui se désole de nos désunions – il aime avant tout notre diversité. Son projet d’Alliance avec nous est de rassembler les hommes dans une même communion (Eph 1,9). Chaque fois que, par le passé, les hommes/ les croyants avons voulu s’emparer pour eux seuls ce don, ils l’ont tous perdu. Ce Don de l’Unité et de l’Alliance est à RECEVOIR. Il n’est pas à prendre, ni mériter. Il n’est pas le fruit de nos efforts // si ce n’est nos efforts à ouvrir nos mains, à tendre une main vers l’autre, différent de moi.

Tout à l’heure nous chanterons ce chant : « Tous ensemble, nous partageons l’Amour du Seigneur, l’unité du Créateur ».
       Le concile œcuménique Vatican II (dont nous fêtons cette année les 50 ans) nous donne une belle définition de ce que nous sommes : « La communauté (des disciples du Christ), s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous » (Gaudium et Spes n°1).

Comme à Sichem, chacun d’entre nous est replacé devant un choix : le choix de faire Alliance avec le Seigneur qui implique de s’allier avec ceux qui appartiennent au Christ. Le choix de se laisser conduire ENSEMBLE par l’Esprit Saint vers le Royaume du Père.

« Que nous demande le Seigneur ?
On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur exige de toi : Rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu.

Ce soir chacun d’entre nous peut se décider à reprendre la marche pas à pas avec les frères et sœurs des autres « tribus ecclésiales » vers l’unité telle que le Seigneur la veut par les moyens qu’il veut … 

Prédication du Père Jean-Emmanuel Garreau à l'occasion de la veillée de prière pour l'unité des Chrétiens, 
église Sainte Jeanne d'Arc, Tours, le 24 janvier 2013 

dimanche 20 janvier 2013

Une question de mariage...


... à partir de l’Evangile selon Saint Jean2,1-11
Nous sortons à peine de la joie de Noël, « joie de la naissance » et déjà la liturgie de ce deuxième dimanche du Temps Ordinaire nous invite à entrer dans une autre joie : la joie des Noces. Or de Noces, de mariage, il en est beaucoup question dans l’actualité de cette dernière semaine : cf. le projet de Loi du « mariage pour tous » et la manifestation des opposants à ce projet dimanche dernier.
Sans entrer dans la polémique des chiffres qui montre un réel aveuglement idéologique de certains de nos dirigeants, l’importante mobilisation pour cette manifestation montre que quelque chose se passe dans notre pays. Ce qui me réjouit c’est de voir  – comme le souligne JM Onfray cf. blog 12/01 – « autant de chrétiens affirmer l’importance du mariage civil (alors que souvent, nous avions à le justifier en particulier auprès des familles plus « traditionnelles »…) » et de voir « la confiance exprimée dans le PACS (qu’on voudrait même améliorer !)…On se souvient des réactions en 1999 !) ». Je me réjouis aussi d’entendre autant de chrétiens s’exprimer contre l’homophobie et dire que l’homosexualité est à respecter comme manière de vivre sa sexualité (les personnes homosexuelles sont d’ailleurs les mieux placées pour dire que cela est difficile et douloureux tant à cause du regard qu'elles portent sur elles que du regard des autres !).
A l'occasion du tournant historique que nous vivons dans notre société, je vois à la fois un risque et une chance.
- le risque c’est de réveiller les vieux démons de 1789 et 1905 de notre société française (heureusement les manifestants de dimanche contre le projet de loi étaient pacifiés et ne sont pas tombés dans le " piège" de mettre en avant leur « appartenance religieuse »; mais prenons garde aux dérives politiques de certains groupes intégristes comme Civitas – probablement nostalgique de l’époque de « l’Action Française » condamnée par Pie XI lui-même en 1926 !).
- la chance – si le dialogue s’instaure entre les promoteurs et les opposants au texte de loi - c’est celle d’une réforme souhaitée de part et d'autre. Du côté des opposants, nous ne pouvons pas nous contenter de penser le mariage comme une institution « éternelle » - c'est-à-dire hors-du-temps : le mariage ou « la famille de toujours » n’existe pas cf. les historiens ;  il n’y a pas une « famille idéale » mais des « familles » avec des parcours parfois chaotiques (cf. blog 12/01 citation de Monique Baujard). Il n'y a d'ailleurs qu'à relire le premier livre de la bible (Genèse) pour se rendre compte de la complexité des liens familiaux. Nous ne pouvons donc pas nous contenter de vouloir répéter des modèles familiaux d’autrefois au moment où nous vivons un tournant de civilisation.
L’"hypermodernité" vient remettre en cause radicalement nos institutions. C’est une occasion  unique de nous réinterroger sur les fondements de notre vie humaine et de ce que nous voulons vivre ensemble sur le plan social. Voilà pourquoi cette perspective de réforme est bonne, à partir du moment où nous ne nous enfermons pas dans l’ornière des idéologies du passé (aussi bien l’« idéologie du progrès » qui a conduit aux drames du XXème s., que toute forme d'idéologies passéistes).
Comme au temps des grands philosophes grecs (IVème s. av JC), ou plus récemment au  XVIème siècle (entrée dans l’ère de la modernité), nous sommes donc réinterrogés aujourd’hui dans nos fondements ! Or au cours des siècles, les chrétiens, inspirés par l’Esprit-Saint, ont toujours su inventer des formes nouvelles en revenant à leur fondement, leur source : l’Evangile !
Revenons en donc à l’Evangile ! Je vous le disais, il nous parle de « Noces ».
En quoi cet Évangile a-t-il quelque chose à nous dire hommes du XXIème s. ? En quoi est-il une Bonne Nouvelle quand il nous parle de « mariage ». Je vois trois pistes qui peuvent éclairer notre débat et notre réflexion.
1. le premier enseignement de cet Evangile des Noces de Cana c’est que le MARIAGE entre une homme et une femme est BON (et même « très bon » cf. Gn 1 « Au commencement Dieu créa l’homme et la femme …») ! Voilà pourquoi il commence par une  fête ! Or cette fête a manqué d’être ratée. Il y a dans la vision de toutes ces coupes vides, quelque chose de creux qui appelait un plein. Et Marie savait que Jésus pouvait y faire quelque chose. Marie savait que c’est une chance pour Jésus à ne pas laisser passer. C’est une chance parce que c’est toujours très beau de commencer par une fête !  « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée… »

2. le deuxième enseignement c’est que « rien n’est impossible à Dieu ». Nous savons combien l’alliance entre un homme et une femme est fragile, et tout foyer est d’autant plus fragilisé aujourd’hui au cause de l’ultralibéralisme qui risque toujours d’enfermer l’individu dans sa seule subjectivité de l’ego le coupant des autres (chacun, influencé par le diktat de l’idéologie « égalitariste » revendique des droits pour tout, tout en mettant sous silence ses devoirs envers autrui – mais ce partie pris conduit nécessairement à l’atomisation de notre société avec toutes ses conséquences…). Nous savons que les situations vécues par les divorcés / remariés, les familles recomposées sont souvent difficiles à vivre ; bon nombre de familles monoparentales vivent dans une certaine précarité affective quand ce n'est pas matérielle. La Bonne Nouvelle de cet Évangile de Cana, c’est que le Seigneur notre Dieu n’est pas indifférent à nos détresses, aux difficultés à vivre l’alliance, le mariage. Et c’est pourquoi il se décide à intervenir pour SAUVER la situation de ce mariage qui tourne à l’échec. « Rien n’est impossible à Dieu ». Des situations difficiles, le Seigneur peut retourner la situation. Au cœur même de situations « crucifiantes », la lumière de l’Espérance peut illuminer une vie. « Rien n’est impossible à Dieu » ce n’est une formule incantatoire qui serait vide de sens. « Rien n’est impossible à Dieu » : Sur quoi pouvons nous nous appuyer pour dire cela ?
En nous appuyant sur notre foi dans le Mystère de Pâques. Car le croyant qui a l’oreille avisé peut entendre dernière ce récit de Noces de Cana, celui de la mort et de la résurrection de Jésus. Le signe de Cana est le premier signe de sept (dans l’Evangile selon Saint Jean, chap. 1-12). Sept signes annonçant déjà le Signe par excellence : le sommet de la Révélation en Saint Jean : « la croix et la résurrection du Christ ». A la croix (« l’heure ») : Marie et Jean seront aussi présents et les témoins privilégiés des « Noces de l’Agneau ». Ces épousailles seront sanglantes : à la croix, l’alliance nouvelle est scellée quand le Christ se donne pour son Eglise (Ep 5,25). De même au tombeau vide, Jean « vit et il cru » // « Il manifesta sa Gloire et ses disciples crurent en lui » (Jn 2, 11). 
Au-delà de toutes formes institutionnelles, le sacrement de mariage chrétien n’a pas d’autre sens que de manifester « la vie de Dieu livrée entre nos mains » dans le don que Jésus le Christ fait de lui-même (« Ceci est mon corps livré pour vous ; mon sang versée pour la multitude »). 
En cela Saint Paul dira du mariage, « ce mystère est grand » (« Ce mystère est grand ; je dis cela par rapport à Christ et à l'église » dans la lettre aux Ephésiens 5, 32 ; cf. aussi Jean-Paul II en 1994, Lettre aux familles §19)

3. le troisième enseignement de Jésus dans cet Évangile, c’est que l’Eglise – qui est l’Epouse du Christ (Eph.) - est la joie de Dieu. Toutes les faiblesses, misères et chutes de l’Eglise trop humaine n’y changent rien. Le Seigneur l’aime pas seulement comme un Père mais aussi comme une épouse. Et cette épouse, c’est nous ! N’avons-nous pas, trop souvent, des rapports "institutionnels" avec Dieu, alors qu’il attend, lui, l’attachement du cœur ? Quand prendrons-nous vraiment conscience d’être aimés de Dieu, d’être ses préférés, sa « couronne » et son « diadème » (pour reprendre les mots d’Isaïe 62, 1-5) !
En participant aux « Noces de l’Agneau » lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous recevons l’Epoux qui se donne à nous. Réjouissons-nous de cette invitation à la fête qu’est la vie d'Alliance avec Dieu !                   
« Heureux les invités aux Noces de l’Agneau » (Ap 19,9) 

(Eglise Notre-Dame-la-Riche, Tours, 19-20 janvier 2013)

vendredi 18 janvier 2013

Réécouter la conférence à deux voix catholique/protestant




Semaine de prière pour l'unité des Chrétiens


Seigneur Jésus, 

qui à la veille de mourir pour nous, 
as prié pour que tous tes disciples 
soient parfaitement un, 
comme toi en ton Père, 
et ton Père en toi,
Fais-nous ressentir douloureusement 
l'infidélité de notre désunion.

Donne-nous la loyauté de reconnaître 
et le courage de rejeter 
ce qui se cache en nous 
d'indifférence, de méfiance, 
et même d'hostilité mutuelle.

Accorde-nous de nous rencontrer tous en toi, 
afin que, de nos âmes et de nos lèvres, 
monte incessamment ta prière 
pour l'unité des chrétiens, 
telle que tu la veux, 
par les moyens que tu veux.

En toi, qui es la charité parfaite, 
fais-nous trouver la voie 
qui conduit à l'unité, 
dans l'obéissance à ton amour 
et à ta vérité.


Amen.
D'après l'abbé Couturier
Cette prière pour l'unité des chrétiens est adaptée d'un texte de l'abbé Paul Couturier (1881 - 1953), prêtre du diocèse de Lyon, "témoin et précurseur d'un authentiqueoecuménisme".

Rapellons nous que dès son élection, le pape Benoît XVI a affirmé sa volonté de « faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire avancer la cause fondamentale de l'œcuménisme » (Message à l'issue de la messe concélébrée, le 20 avril 2005 en la Chapelle Sixtine). Cet engagement s’est manifesté par la poursuite des relations développées par ses prédécesseurs au lendemain du concile Vatican II.

samedi 12 janvier 2013

Mariage pour tous, tous pour le mariage : réflexions


- Je me réjouis de voir autant de chrétiens affirmer l’importance du mariage civil (souvent, nous avions à le justifier en particulier auprès des familles traditionnelles…)

- Je me réjouis de voir la confiance exprimée dans le PACS (qu’on voudrait même améliorer !)…Je me souviens des réactions en 1999 !)

- Je me réjouis d’entendre autant de chrétiens s’exprimer contre l’homophobie et dire que l’homosexualité est à respecter comme expression d’amour. L’homosexualité vue comme une sexualité « autre » mais normale… (à la différence des manifestants de « Civitas »)

- J’entends dire que le mariage n’est pas (d’abord) une question d’amour…alors que nous n’entendons souvent que cela dans les préparations de mariage… avec les conséquences que l’on sait ! (lorsque l’amour vient à manquer…voir les statistiques des divorces !)

- Je suis étonné de voir la défense d’une conception de la famille (traditionnelle) qui semble ignorer les évolutions du droit (divorce par consentement mutuel, statut des enfants naturels, statut des familles monoparentales…)

- Nous semblons ignorer que 17% de familles sont monoparentales (et en général sans référence à un père présent !). Prenons-nous en compte la question des enfants nés hors mariage ?...

- Nous semblons ignorer que l’adoption est possible par des célibataires (souvent des femmes, sans vraie référence à une présence masculine…)

- Nous oublions que le modèle familial est souvent mis à mal par les conditions économiques (pauvretés diverses…cumul des handicaps !)

-Nous ne tenons pas assez compte de l’évolution des mentalités et du primat donné à la liberté individuelle (tout est à négocier). Cette individualisation des trajectoires est à interroger…

- La fonction de la loi n’est plus aujourd’hui de dire le bien (relativité des valeurs dans le droit positif), mais d’accompagner des évolutions sociales…

- La question de l’infertilité est vécue comme un drame et connaît aujourd’hui des « parades » possibles avec les avancées de la technique médicale (vécues comme « progrès »)


Pour aider à la réflexion, j’aime cette conclusion de Monique Baujard dans le Document Épiscopat n°5/2011…j’y trouve un souffle chrétien !
« Mais soutenir ce choix demande bien sûr à l’Église d’ajuster sa pastorale des familles aux nouveaux besoins. Avant il suffisait de rappeler l’idéal du mariage, la voie à suivre était tracée. Aujourd’hui, devant la pluralité des choix, il faut rappeler et expliquer l’idéal, mais aussi baliser de nouvelles voies, accompagner des cheminements plus chaotiques, offrir des éléments et des lieux de discernement à tous les âges. Le tout avec une attention particulière pour ceux qui, en raison de leur pauvreté matérielle et/ou relationnelle, pensent n’avoir aucun choix et aucune liberté. Les chrétiens ont la chance d’avoir le Christ comme « boussole ». À nous de témoigner de la liberté à laquelle le Christ nous conduit ». 

P. Jean-Marie Onfray, 22/11/12