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dimanche 22 novembre 2015

Vivre ensemble les "temps de la fin"

      En cette fin d’année liturgique, vous avez peut-être remarqué que les textes bibliques nous parlent de la FIN, pas tant en terme de « fin du monde » qu’en terme des « temps de la fin ». Le livre de Daniel (1ère lecture) et le livre de l’Apocalypse de St Jean (2ème lecture) utilisent le genre littéraire « apocalyptique » qui évoque des « visions » pour nous parler d’un au-delà de l’histoire, déterminé par la venue décisive du Seigneur Dieu « Celui qui est qui était et qui vient », « Alpha et l’Oméga ».

            Des « temps de la fin » ou plutôt de la « fin des temps », il en est question, plus que jamais, dans l’actualité. Je retiens deux événements :
  •        les attentats perpétrés par des « extrémistes » dont le seul programme semble être de conduire notre monde à sa FIN, à son extrémité jusqu’à le faire basculer dans l’abîme du chaos et du néant.
  •       L’ouverture prochaine de la COP 21, sur fond de crise écologique, où doit se négocier l’avenir de notre monde dont le scénario d’une extinction de l’espèce humaine à court terme semble de plus en plus envisageable si nous ne changeons pas nos modes de vie et de consommation.



Il est donc indéniable que nous vivons les temps de la fin. La question est : 
« comment voulons VIVRE ces temps de la fin ? » 


Deux attitudes sont possibles :
  • le pessimisme, l’ « aquoibonisme » / la peur ou la fatalité
  • l’optimisme de l’hédoniste « tout ne va pas si mal, profitons du temps présent… » ou l’optimisme prométhéen : faisons confiance en l’homme et dans le progrès pour trouver des solutions…


Dans un livre intitulé « Vivre ensemble la fin du monde », un philosophe chrétien, Martin Steffens, propose une troisième voie : celle du CHANT ! « chanter ENSEMBLE »
            Il évoque l’histoire racontée, dans un roman de Jack London ; l’histoire de chercheurs d’or en Alaska qui se trouvent pris au piège par l’arrivée brutale du printemps qui fait fondre la glace avec pour conséquence l’anéantissement non seulement des fruits de leur travail mais aussi de leur vie. Face à l’inéluctable déluge ; deux attitudes se font jour :
  •       celle de Donald qui veut sauver ses biens et sa peau et qui grimpe « seul » au haut plus grand arbre.
  •      Celles des autres hommes qui voyant arriver leur fin – c’est-à-dire la mort - se prennent la main et chantent ensemble un chant patriotique « the battle hymn of the Republic » :    

                    « Mes yeux ont vu la gloire du Seigneur. 
                    Il vient Lui qui foule aux pieds les raisins de la colère… 
                    la Vérité est en marche… 
                    Dans la beauté des lys, par-delà l’Océan, le Christ est né. 
                   Sa Gloire, à toi et moi offerte nous transfigure. 
                   Il est mort pour rendre les hommes saints : mourons pour les rendre libres ; 
                    puisque Dieu est en marche… »

D’un certain côté, le chant de la Marseillaise repris un peu partout cette semaine en France et même dans le stade de Wembley ! dit quelque chose de cette troisième voie.

            Si je vous parle de cette voie du chant repris « ensemble » ; voie qui nous sort de la partialité soit du pessimisme, soit de l’optimisme, c’est parce qu’elle trouve un écho en ce jour où nous fêtons la « Sainte Cécile » qui est précisément la sainte patronne du chant et de la musique. On raconte que lorsqu’on conduisit Sainte Cécile à son martyre elle a entendu une musique céleste.
Il ne faut pas s’étonner que dans le livre de l’Apocalypse, il y ait une si grande place pour les hymnes et les chants de louange à notre Dieu « Celui qui est qui était et qui vient ». Ce chant est repris à la fois par les anges et par les saints.

Chanter ensemble est la juste attitude pour vivre les temps de la fin. Mais pour nous chrétiens cela va plus loin. Ce chant est avant tout un chant d’espérance car nous croyons en Celui qui est « le Témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre » (Ap 1). 

Nous, chrétiens, nous  entrevoyons au delà de la fin, un nouveau commencement, « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21,1). Et ce nouveau monde a déjà commencé. Il se manifeste aujourd’hui encore à travers de multiples initiatives alternatives vécues dans le monde. Et je vous invite à aller voir le film « Demain » qui sort en salle le 2 décembre qui racontent l’histoire d’hommes et de femmes qui imaginent aujourd’hui de nouvelles manières de se nourrir, de vivre, de travailler, d’éduquer…


Voici donc le véritable REGNE de DIEU auquel fait allusion Jésus dans l’Evangile ; « Que ton Règne Vienne » chantons-nous ensemble dans la prière du Notre Père. Ce règne c’est celui dont Jésus nous dit qu’il est comparable à une toute petite graine de moutarde et qui devient un arbre si grand qu’il peut accueillir les nids des oiseaux du ciel. C’est ce Royaume de Dieu qui se manifeste dans la naissance d’un tout petit enfant, celui de la crèche… promesse un monde nouveau…

Car oui cette fête du Christ-Roi de l’Univers pointe vers le Mystère de Noël que nous célèbrerons bientôt … A Noël, à nouveau les chants des anges et des humbles bergers se mêleront et s’élèveront : « Gloire à Dieu au plus au des Cieux et PAIX aux hommes de bonne volonté ».

Amen

Homélie prononcée par le P. Jean-Emmanuel en la fête du Christ Roi  – Sainte Cécile, le 22 novembre 2015, église Saint Martin de Ligueil