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dimanche 22 novembre 2015

Vivre ensemble les "temps de la fin"

      En cette fin d’année liturgique, vous avez peut-être remarqué que les textes bibliques nous parlent de la FIN, pas tant en terme de « fin du monde » qu’en terme des « temps de la fin ». Le livre de Daniel (1ère lecture) et le livre de l’Apocalypse de St Jean (2ème lecture) utilisent le genre littéraire « apocalyptique » qui évoque des « visions » pour nous parler d’un au-delà de l’histoire, déterminé par la venue décisive du Seigneur Dieu « Celui qui est qui était et qui vient », « Alpha et l’Oméga ».

            Des « temps de la fin » ou plutôt de la « fin des temps », il en est question, plus que jamais, dans l’actualité. Je retiens deux événements :
  •        les attentats perpétrés par des « extrémistes » dont le seul programme semble être de conduire notre monde à sa FIN, à son extrémité jusqu’à le faire basculer dans l’abîme du chaos et du néant.
  •       L’ouverture prochaine de la COP 21, sur fond de crise écologique, où doit se négocier l’avenir de notre monde dont le scénario d’une extinction de l’espèce humaine à court terme semble de plus en plus envisageable si nous ne changeons pas nos modes de vie et de consommation.



Il est donc indéniable que nous vivons les temps de la fin. La question est : 
« comment voulons VIVRE ces temps de la fin ? » 


Deux attitudes sont possibles :
  • le pessimisme, l’ « aquoibonisme » / la peur ou la fatalité
  • l’optimisme de l’hédoniste « tout ne va pas si mal, profitons du temps présent… » ou l’optimisme prométhéen : faisons confiance en l’homme et dans le progrès pour trouver des solutions…


Dans un livre intitulé « Vivre ensemble la fin du monde », un philosophe chrétien, Martin Steffens, propose une troisième voie : celle du CHANT ! « chanter ENSEMBLE »
            Il évoque l’histoire racontée, dans un roman de Jack London ; l’histoire de chercheurs d’or en Alaska qui se trouvent pris au piège par l’arrivée brutale du printemps qui fait fondre la glace avec pour conséquence l’anéantissement non seulement des fruits de leur travail mais aussi de leur vie. Face à l’inéluctable déluge ; deux attitudes se font jour :
  •       celle de Donald qui veut sauver ses biens et sa peau et qui grimpe « seul » au haut plus grand arbre.
  •      Celles des autres hommes qui voyant arriver leur fin – c’est-à-dire la mort - se prennent la main et chantent ensemble un chant patriotique « the battle hymn of the Republic » :    

                    « Mes yeux ont vu la gloire du Seigneur. 
                    Il vient Lui qui foule aux pieds les raisins de la colère… 
                    la Vérité est en marche… 
                    Dans la beauté des lys, par-delà l’Océan, le Christ est né. 
                   Sa Gloire, à toi et moi offerte nous transfigure. 
                   Il est mort pour rendre les hommes saints : mourons pour les rendre libres ; 
                    puisque Dieu est en marche… »

D’un certain côté, le chant de la Marseillaise repris un peu partout cette semaine en France et même dans le stade de Wembley ! dit quelque chose de cette troisième voie.

            Si je vous parle de cette voie du chant repris « ensemble » ; voie qui nous sort de la partialité soit du pessimisme, soit de l’optimisme, c’est parce qu’elle trouve un écho en ce jour où nous fêtons la « Sainte Cécile » qui est précisément la sainte patronne du chant et de la musique. On raconte que lorsqu’on conduisit Sainte Cécile à son martyre elle a entendu une musique céleste.
Il ne faut pas s’étonner que dans le livre de l’Apocalypse, il y ait une si grande place pour les hymnes et les chants de louange à notre Dieu « Celui qui est qui était et qui vient ». Ce chant est repris à la fois par les anges et par les saints.

Chanter ensemble est la juste attitude pour vivre les temps de la fin. Mais pour nous chrétiens cela va plus loin. Ce chant est avant tout un chant d’espérance car nous croyons en Celui qui est « le Témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre » (Ap 1). 

Nous, chrétiens, nous  entrevoyons au delà de la fin, un nouveau commencement, « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21,1). Et ce nouveau monde a déjà commencé. Il se manifeste aujourd’hui encore à travers de multiples initiatives alternatives vécues dans le monde. Et je vous invite à aller voir le film « Demain » qui sort en salle le 2 décembre qui racontent l’histoire d’hommes et de femmes qui imaginent aujourd’hui de nouvelles manières de se nourrir, de vivre, de travailler, d’éduquer…


Voici donc le véritable REGNE de DIEU auquel fait allusion Jésus dans l’Evangile ; « Que ton Règne Vienne » chantons-nous ensemble dans la prière du Notre Père. Ce règne c’est celui dont Jésus nous dit qu’il est comparable à une toute petite graine de moutarde et qui devient un arbre si grand qu’il peut accueillir les nids des oiseaux du ciel. C’est ce Royaume de Dieu qui se manifeste dans la naissance d’un tout petit enfant, celui de la crèche… promesse un monde nouveau…

Car oui cette fête du Christ-Roi de l’Univers pointe vers le Mystère de Noël que nous célèbrerons bientôt … A Noël, à nouveau les chants des anges et des humbles bergers se mêleront et s’élèveront : « Gloire à Dieu au plus au des Cieux et PAIX aux hommes de bonne volonté ».

Amen

Homélie prononcée par le P. Jean-Emmanuel en la fête du Christ Roi  – Sainte Cécile, le 22 novembre 2015, église Saint Martin de Ligueil

dimanche 6 juillet 2014

Le joug qui nous attelle au Vivant (Mt 9, 18-26)

« Prenez sur vous mon joug, nous dit Jésus, il est facile à porter. » Depuis que les attelages de bœufs ont été remplacés par les tracteurs, on ne voit plus de joug, cette pièce de bois posée sur le cou des animaux de trait pour les lier.
     Si l’on s’intéresse à l’étymologie, nous découvrons que la racine du mot joug signifie relier, unir ; on retrouve cette racine dans conjugal. Le joug fait tenir ensemble, met en alliance.

  Le joug peut peser sur nos épaules, mais quand on est deux, côte à côte, il répartit le poids et accroît la force. Il procure de l’aide et du réconfort. Il permet d’agir en tandem, de collaborer plus efficacement, de s’aimer de manière plus proche et plus forte.

Etre attaché au Christ qui nous conduit au Père
Pour les prêtres, l’étole initialement symbolise ce joug. Joug de la responsabilité de pasteur que nous choisissons de porter avec le Christ. Attaché à lui le Bon berger pour conduire son troupeau.
Pour reprendre une autre image (montagnarde) : être attelé à Jésus, c’est comme être encordé à lui dans une randonnée en haute-montagne. S’attacher au Christ ce n’est pas perdre sa liberté mais c’est pouvoir aller plus loin et plus haut avec celui qui est le premier de cordée, qui non seulement connaît le chemin mais qui est le chemin vers le Père : « Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »

Après 10 ans de sacerdoce, c’est peut-être ainsi que je pourrais définir ma vocation de prêtre. C’est en étant profondément enraciné en lui, attaché à lui que nous pouvons, nous les prêtres, conduire à Jésus et Jésus vers le Père, dans ce cœur du Père où nous trouvons la PAIX.

Témoin de la consolation et de la tendresse du Père
Et à l’époque de la crise, des « burn out » et d’une société où « la fatigue d’être soi » est de plus en plus pesante pour chacun, il est bon d’entendre Jésus nous dire « venez à moi vous tous qui peinez sous poids du fardeau, et je vous procurerez le repos ». OUI ! Jésus appelle tous ceux qui peinent sous le poids des maladies, de la souffrance, des soucis ; ceux qui ploient sous le fardeau des échecs, des péchés, de la culpabilité ! Les blessés de la vie et de l’amour. Et Jésus veut nous procurer le repos en nous attachant à lui comme le naufragé à la bouée de sauvetage. Au milieu des tempêtes de la vie, le joug qui nous relie à Jésus nous rattache à la vie.

Nous les prêtres nous sommes les témoins de ce salut. En offrant, au nom de Jésus, le pardon, la nourriture du Pain de vie (Eucharistie), le sacrement des malades, nous sommes témoins de ce bon berger, témoins de la miséricorde de Dieu, doux et humble de coeur.

Le jour de mon ordination, il y a dix ans, Mgr Vingt-Trois m'avait dit ces mots très fort qui prennent sens aujourd'hui : "le ministère auquel nous sommes consacrés est d'abord un ministère de libération et de délivrance. Nous sommes envoyés pour être témoins de la miséricorde et de la tendresse de Dieu. Il nous console comme une mère console son enfant et nous investis de l'Esprit consolateur. Nous devons aussi devenir source et tendresse pour l'humanité souffrante".

Jésus, partenaire invisible de nos vies
Sur ce chemin de la vie chrétienne, nous sommes appelés à avancer dans la foi : c’est-à-dire à croire sans avoir vu. C’est aussi ce que suggère l’image du joug ; lorsque deux animaux de trait sont attelés ensemble, ils ne peuvent se regarder : leur yeux sont fixés sur l’objectif, sur l’horizon de la terre. Ils ne peuvent voir le « partenaire » avec qui il porte le poids du joug. C’est ce qui se passe parfois dans notre vie : il nous semble que le Seigneur est absent. Et pourtant il est là discret qui nous soutient dans nos épreuves. « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits ».

En définitive le joug de Jésus, le joug qu’il portera jusque dans sa mort, c’est la croix. Aussi, en la prenant sa croix nous sommes liés à Jésus, enlacés à sa vie sur un même chemin. Si nous nous attachons à lui, Jésus, il ne nous lâchera jamais, il nous portera dans les bras du Père pour nous y reposer et reprendre Souffle.

Alors, attelés au Vivant, rendus doux et humbles de cœur comme lui, nous nous attelons à réconforter nos frères, bâtir la paix et semer la joie.


P. Jean-Emmanuel, homélie prononcée le dimanche 6 juillet 2014, cathédrale de Tours

lundi 17 février 2014

La transformation du cœur (Mt 6, 17-37)

« La charte du Royaume » : voilà comment nous pourrions qualifier le premier enseignement de Jésus sur la Montagne dans l’Evangile selon Saint Mathieu. Donner à goûter et à vivre le Royaume des cieux, voilà la mission de Jésus. Le cœur de son message. Et entrer dans le Royaume des cieux, n’est rien d’autre qu’ouvrir la porte du cœur de Dieu son Père. « Le cœur du Père,  Là est le jardin d’Eden et le buisson ardent. Là est la Terre promise avec toutes ses sources de vie. Là est le secret de l’Alliance et de toute réconciliation. Là est le Royaume dans tout son éclat » (Eloi Leclerc).

    La prédication du Royaume par Jésus est une invitation à nouer des relations nouvelles avec ceux que nous côtoyons et avec le Seigneur. Par le passé, Dieu avait offert aux hommes le don de la Loi. Cette Loi reçu par Moïse traçait un chemin vers la VIE en alliance avec le Seigneur. Mais les prophètes annonçaient déjà une autre Loi qui ne s’inscrirait plus cette fois sur la pierre mais dans le cœur.
     
    Dans le sermon sur la montagne, les prescriptions de la Loi de Moïse sont portées à un nouveau degré d’exigence qui tend à rapprocher l’attitude du cœur et le comportement du corps, c’est-à-dire à rendre à l’homme son unité. Jésus ne cherche pas à abolir la Loi reçue par Moïse sur la montagne du Sinaï, mais il vient ACCOMPLIR cette Loi en inscrivant l’Alliance dans le COEUR de l’homme. Cet accomplissement passe par un DEPASSEMENT de la Loi dans le sens d’une TRANSFORMATION RADICALE de la condition humaine. Il s’agit en effet pour Jésus d’aller jusqu’à la RACINE profonde de l’homme. Là même où le Mauvais/ l’Ennemi vient semer aussi sa mauvaise semence (Mt 13, 24-30). La Loi du Christ est un appel à la purification du cœur, c’est-à-dire de nos intentions et de nos désirs.

    Il vient donc interroger ce qui meut l’homme dans ce lieu, le CŒUR, où il pressent qu’il s’y joue la vérité de l’homme et son bonheur. Si la Loi de l’Ancien Testament commande de ne pas tuer, Jésus va plus profond en évoquant les pulsions de cette violence tapie en nous comme une bête sauvage qu’il nous faut « apprivoiser » et « humaniser» (cf. Caïn dans Gn 4,7). Car si ces pulsions de violence peuvent conduire l’homme jusqu’au meurtre, elles sont aussi à l’origine de ces paroles prononcées sous le coup de la colère qui atteignent et éteignent l’amour et la vie dans nos relations avec les autres. Combien de blessures, d’amertumes, de haines et de divisions entre les hommes viennent de ces pulsions de violence qui peuvent être destructrices. 

   « Tu ne commettras pas d’adultère », en citant cet autre commandement, Jésus réinterroge le lien amoureux entre l’homme et la femme. « Celui qui regarde une femme pour satisfaire son désir a déjà commis l’adultère dans son cœur ». Il ne s’agit pas pour Jésus de condamner les désirs profonds liés à la sensualité et à notre sexualité, mais d’être vigilant à ne pas laisser n’importe quel désir ou passion nous détourner du Bien et nous désunir.

   « Ne nous laisse pas entrer en tentation » : La nouvelle traduction du « Notre Père » peut nous aider à nous situer devant Dieu aujourd’hui. Oui, la tentation existe, elle fait partie de nos vies. Elle prend de multiples aspects et atteint toutes nos relations : mentir pour s’en sortir, ne pas être fidèle, convoiter ce qui n’est pas pour nous… mais le Seigneur peut être avec nous dans ces moments pour tenir notre oui, un oui qui entraîne d’autres oui et pour tenir un « non », expression de notre décision à renoncer à ce qui nous entraîne vers le Mauvais.

   L’entrée dans le cœur du Père ne se fait pas sans renoncement à un désir sans limite. Le don du Royaume ne s’accueille pas sans combattre nos désirs de richesses, de vaine Gloire et d’orgueil. La porte d’entrée de ce Royaume est bien les paroles des Béatitudes, placées es justement au début du Sermon sur la Montagne. Les attitudes d’humilité, de douceur, de paix et de miséricorde ouvrent le cœur du Père. 
     La prière du MEJ (Mouvement eucharistique des Jeunes) exprime ce que nous avons à décider chaque jour pour vivre le Royaume inaugurer par Jésus :
Apprends-nous Seigneur à te choisir tous les jours 
A redire ton OUI en chacun de nos actes
Donne-nous de te suivre sans peur  
Et de t’aimer plus que tout.
Rends-nous frères, toi qui nous as rassemblés  
Fais de nous les témoins devant tous
De ce que nous avons vu et entendu 
De ce que nous croyons et vivons 
Pour que tout homme avec nous

Reconnaisse en toi l’unique Seigneur.  Amen

Jean-Emmanuel, homélie prononcée le dimanche 16 février 2014, cathédrale de Tours

jeudi 23 janvier 2014

Nous mettre sous un même toit (appel à l'unité des chrétiens)

Voici la méditation de Frère Alois, à Strasbourg lors des rencontres européennes de Taizé
En cette semaine de prière pour l'unité des chrétiens, c'est une invitation à répondre à la prière de Jésus "qu'ils soient uns, pour que le monde croit que tu m'as envoyé" (Jn 17)

         Pendant l’année qui vient, nous allons nous demander : que devons-nous faire pour que l’Eglise soit davantage communion ? Tant de gens, souffrant du stress de l’existence quotidienne, cherchent un réconfort spirituel, ont une soif de paix intérieure. Que faire pour que, par sa vie, l’Église dégage mieux la source de l’Evangile où les gens puissent venir se désaltérer ?
        Nous voudrions tellement voir se dessiner cette image de l’Église que frère Roger décrivait par ces mots : « Quand inlassablement l’Église écoute, guérit, réconcilie, elle devient ce qu’elle est au plus lumineux d’elle-même, une communion d’amour, de compassion, de consolation, limpide reflet du Christ ressuscité. Jamais distante, jamais sur la défensive, libérée des sévérités, elle peut rayonner l’humble confiance de la foi jusque dans nos coeurs humains. »
        Pour que l’Église devienne toujours mieux ce lieu d’accueil et de communion, le temps n’est-il pas venu de faire de nouveaux pas concrets de réconciliation entre chrétiens séparés ? Des chrétiens réconciliés font entendre la voix de l’Evangile tellement plus clairement, dans un monde qui a besoin de confiance pour préparer un avenir de justice et de paix.
Actuellement, nous risquons de nous arrêter à une simple tolérance. Mais le Christ veut nous rassembler en un seul corps.
        
      Je voudrais alors trouver les mots justes pour demander aux chrétiens des différentes Églises : n’y a-t-il pas un moment où il faudrait avoir le courage de nous mettre ensemble sous le même toit, sans attendre que toutes les formulations théologiques soient pleinement harmonisées ?
N’est-il pas possible d’exprimer notre unité dans le Christ (qui, lui, n’est pas divisé), en sachant que les différences qui demeurent dans l’expression de la foi ne nous divisent pas ? Il y aura toujours des différences : certaines seront des sujets normaux de discussion, d’autres pourront même être un enrichissement. 

Faisons avec les chrétiens d’autres confessions tout ce qu’il est possible de faire ensemble, ne faisons plus rien sans tenir compte des autres.

        Pour faciliter cette démarche, nous avons à notre portée deux chemins. Le premier : dans une prière simple nous tourner ensemble vers le Dieu vivant. Le deuxième : nous retrouver ensemble dans le service des plus pauvres. Alors, vraiment, ainsi nous annonçons ensemble l’Evangile !
       En nous mettant sous le même toit, n’ayons pas peur que la vérité de l’Évangile soit diluée. Faisons confiance à l’Esprit Saint. Il ne s’agit pas de nous mettre ensemble pour être plus forts, mais pour être fidèles au Christ doux et humble du cœur. De lui nous apprenons que la vérité se fait entendre par l’humilité.

Le pape François ne nous indique-t-il pas la direction en mettant comme priorité pour tous l’annonce de la miséricorde de Dieu par nos vies ? Ne manquons pas le moment providentiel qui se présente pour exprimer la communion visible de tous ceux qui aiment le Christ.

Chercher comment rendre plus visible cette communion et, par là, devenir mieux capables de créer une nouvelle solidarité parmi les humains, ce sera aussi l’objectif de notre pèlerinage de confiance pendant l’année qui vient.
lundi soir 30 décembre 2013

samedi 14 décembre 2013

Les élections municipales: une chance pour le bien commun...

Les 23 et 30 mars 2014, auront lieu les élections municipales. Dans une déclaration rendue publique ce 11 décembre, le Conseil permanent de la Conférence des Évêques de France encourage les candidatures. Voici l'intégralité de cette déclaration. 

Conférences des évêques de France
Au nom des évêques de France, nous tenons à rendre hommage aux hommes et aux femmes impliqués dans la vie municipale. Ces élus de la proximité humaine et géographique, très attachés à leurs communes, quelles que soient leurs dimensions, sont parfois engagés depuis de longues années. 

Ils savent que, pour chacun d'entre nous, être enraciné en un lieu est une dimension essentielle de la vie personnelle et sociale. Beaucoup ont à coeur d'accueillir au mieux les nouveaux habitants.

Et quand le chômage ou la précarité touchent nos concitoyens, une vie locale harmonieuse favorise la dignité et la recherche d'emploi. Dans les cas de grande solitude, en particulier, la commune est souvent ce premier garant du lien social, avec les services aux personnes âgées, aux personnes fragiles ou en situation de handicap, en développant la vie associative, sportive et culturelle.

Une parole forte d'encouragement

C'est pourquoi nous souhaitons encourager fortement toutes les personnes qui projettent en 2014 de donner quelques années au service du bien commun. Qu'elles travaillent à l'échelle de la commune, de la communauté de communes ou d'agglomération, qu'elles représentent la dimension locale dans les diverses structures de la vie départementale ou régionale, toutes seront invitées à participer à leur façon, à la construction d'une société fraternelle.

Pour les catholiques, en particulier, cette dimension fraternelle comporte un sens très profond. Elle enracine l'engagement pour le bien commun au coeur même de la source de leur foi. Comme le dit le pape François dans sa récente Exhortation apostolique Evangelii Gaudium (§ 179), « la Parole de Dieu enseigne que, dans le frère, on trouve le prolongement permanent de l'Incarnation pour chacun de nous : 'Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait' (Mt 25, 40). Tout ce que nous faisons pour les autres a une dimension transcendante ».

Nous saluons l'implication des élus

En tant qu'évêques, par notre ministère, nous observons la richesse de la vie locale, particulièrement lors de nos visites pastorales. Les associations, les municipalités et les paroisses, sont souvent, notamment dans les petites communes rurales qui constituent l'immense majorité du tissu communal, les seuls lieux de lien social.

Nous savons, bien sûr, les difficultés auxquelles les élus doivent faire face. La crise économique, longue et coûteuse en emplois, en fermetures d'entreprises, la recherche des subventions et des dotations rendent difficiles les projets et les investissements municipaux. Les communes elles-mêmes sont touchées. L'intercommunalité est un degré qui, en période de crise, doit permettre une mutualisation équitable et réfléchie.

Mais nous savons l'énergie avec laquelle les responsables de l'action sociale mettent en oeuvre des initiatives nouvelles. Nous savons aussi leur volonté de servir la communauté territoriale tout entière. Nous savons encore l'attachement des maires à « leurs » églises, part essentielle du patrimoine communal, dont ils sont souvent les premiers à initier des restaurations. Pour tout cela, et bien d'autres actions des domaines si variés du développement local, nous saluons leur implication et condamnons les discours populistes répandant la suspicion contre toute représentation politique.

Face à l'individualisme, des hommes et des femmes soucieux de tous

La tendance à l'individualisme, à la perte du sens du bien commun et au rejet de l'autre, quand il est différent ou quand il vient d'ailleurs, nous inquiète. Souvent la peur puis la violence en sont les conséquences. Parfois même, des personnes ont le sentiment qu'elles ne sont plus accueillies là où, il y a quelques années encore, elles avaient toute leur place. 

Nous encourageons les candidatures aux élections municipales de 2014 des hommes et des femmes soucieux de tous, notamment dans les nouvelles générations. 

Forts de leur humanité, de leur disponibilité, forts aussi, s'ils en sont habités, de leur foi au Christ, ils pourront faire du nouveau, en renversant les mentalités dans le sens de l'amour et de l'Évangile. 

Au service du bien commun, ils sauront allier aspirations individuelles, justice sociale, démocratie et paix. Notre pays en vaut la peine. Nous engageons à mettre en oeuvre, au niveau local, une vive attention à toutes formes de pauvretés et la conduite d'actions dynamiques et inventives pour le meilleur de la vie ensemble.

Que chaque citoyen, en allant voter, montre sa volonté de prendre sa part dans la recherche du bien commun.

Paris, le 11 décembre 2013

Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, Président
Mgr Pierre-Marie CARRÉ, Archevêque de Montpellier, Vice-président
Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis, Vice-président
Cardinal André VINGT-TROIS, Archevêque de Paris
Mgr Jean-Claude BOULANGER, Évêque de Bayeux et Lisieux
Mgr François FONLUPT, Évêque de Rodez et Vabres
Mgr Jean-Paul JAMES, Évêque de Nantes
Mgr Hubert HERBRETEAU, Évêque d'Agen
Mgr Stanislas LALANNE, Évêque de Pontoise

Mgr Benoît RIVIÈRE, Évêque d'Autun, Chalon et Mâcon

mardi 19 novembre 2013

Comment vivre la fin du monde ? (Lc 21, 5-19)

« La fin du monde », voilà une question qui ne cesse de nourrir nos imaginaires et pour preuve, il n’est pas une année sans que sortent au cinéma plusieurs blockbusters américains sur le sujet ! Vous avez le choix de la menace qui anéantira l’humanité : une météorite (Armaguedon), un changement climatique (Le jour d’Après, 2012), une épidémie qui vous transforme en mort-vivants (Word War Z…) etc. 
Mais le problème c’est que ces films qui mettent en scène la fin du monde nous cachent paradoxalement la vraie question que chacun doit se poser : « comment vivre la fin du monde ? »
Etant donné que nous vivons dans un monde fini, nous ne pouvons nier le fait que la fin du monde est une certitude… comme notre propre mort d’ailleurs. Face à « cette fin », notre curiosité – qui est la même que les disciples de l’Evangile – pose davantage la question du « QUAND ? » alors que la vraie question EXISTENTIELLE que nous devons nous poser, à la suite de Jésus, c’est « COMMENT ? »

  1. La première manière c’est de la vivre de manière pessimiste, fataliste… Allumez la TV, vous y voyez : haines, émeutes, médiocrités, mensonges qui, par leur travail quotidien, semblent rogner l’assise du monde… C’est alors que nous sommes touchés par cette maladie de l’ « Aquoibonite »… notre joie se rétracte comme l’huitre au contact du citron. Nous voici pris au piège ; le piège de se croire des dieux ; en effet parce qu’il voit la détresse du monde dans d’insensés détails, le téléspectateur a la sensation d’être omniscient. Mais puisqu’il se trouve à mille lieues du drame, dans son canapé de salon, cette omniscience est privée de son autre corrélat divin : la toute-puissance. Du coup, ce sentiment d’omniscience renforce un sentiment de toute-impuissance. La culpabilité s’en mêle et le moelleux des coussins devient un banc d’accusés dévoilant notre mollesse et notre médiocrité… d’où le fatalisme et le pessimisme ambiant qui nous conduit à déprimer des malheurs du monde et à sacrifier notre joie de VIVRE !
  2. La deuxième attitude  - mais qui est intimement liée à la première – est celle de la jouissance de l’instant présent. Dans ce cas, on cherche à oublier cette « fin » inquiétante en se divertissant (cf. Blaise Pascal). C’est un peu comme en 1940 à Lisbonne. Saint Exupéry dans « Lettre à un otage » dépeint cette atmosphère. En pleine 2nde guerre M., de riches européens ont émigrés dans la ville portuaire fuyant le théâtre des opérations militaires… en décembre 1940, on y « jouait au bonheur », en faisant la fête, en se divertissant…, mais cette fête avait un goût pathétique. St Exupéry écrit « ces émigrants ce n’est point d’argent qu’ils manquaient, mais de densité ». Avouez que beaucoup des fêtes bien alcoolisées (pour ne pas dire plus) de notre société aujourd’hui peuvent être bien triste et pathétique…
Voici donc 2 attitudes : le pessimisme et la jouissance immédiate ; 2 attitudes qui vivent la fin du monde en FUYANT toute responsabilité, en refusant de VIVRE ce qu’il y a à vivre : la fin du monde.

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus vient nous interpeller sur notre manière de vivre la fin du monde. Nous sommes au chapitre 21 de Luc, c’est-à-dire juste avant que Jésus entre dans sa Passion qui le conduira à sa propre fin. Face à l’éminence de sa propre mort, il veut préparer ses disciples à vivre la « fin du monde » que va inaugurer sa mort et sa résurrection.
Nulle trace dans les derniers propos de Jésus de ces deux attitudes que sont la résignation pessimiste ou le faux optimisme de la jouissance. Au contraire pour « vivre la fin du monde », Jésus invite à :
-          Prendre conscience et prendre acte que cette FIN du monde est arrivée et est déjà là c'est-à-dire ne pas la FUIR. … consentir à PERDRE jusqu’à sa propre vie A cause de Jésus)
-          S’engager ENSEMBLE dans le combat de la vie et de la foi sans PEUR. Car Il y a nécessairement un combat : résister, persévérer, c’est cela VIVRE ! la vraie vie avec toute sa densité ! Je suis sûr que le Père George Vandenbeusch qui vient d’être enlevé ne dit pas autre chose malgré l’épreuve qu’il vit avec ses amis, son diocèse…
Pourquoi ne pas s’effrayer et avoir peur ? parce que, dans la FIN, se cache aussi un nouveau commencement ! Jésus n’est pas un partisan de « l’extrémisme » - au sens où la fin du monde serait considérée comme  une « extrémité », un point final de l’histoire. Les derniers mots de Jésus sont « c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ». Cette vie promise c’est celle qui jaillit du tombeau vide. La promesse anticipée par la Résurrection de Jésus.

            Pour vivre cette fin du monde… vivons la ensemble sans peur ;  
"Redressez-vous, levez la tête car votre rédemption approche".
P. Jean-Emmanuel Garreau, d'après l'homélie prononcée à la cathédrale de Tours, le dimanche 17 novembre 2013
pour aller plus loin : Martin Steffens, vivre ensemble la fin du monde, Salvator, 2012