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mardi 22 mars 2016

Memoria Passionis

Garder la mémoire d'un loser de l'histoire


Nous venons d’écouter ce long récit de la Passion selon Saint Luc.

Mais pourquoi donc, l’Eglise a t-elle gardé ce récit d’un loser, d’un perdant, d’un vaincu ? car c’est bien cela le récit de la passion : Jésus, lui qui pourtant avait été acclamé par la foule lors de son entrée triomphale à Jérusalem, lui qui avait été l’ « étoile » montante ; le voici pris dans une spirale de violence : trainé devant les tribunaux, dans un procès bidon ; humilié, maltraité, fouetté, rejeté, raillé « si tu es l’Elu, le Messie sauve toi toi-même ! » … Il meurt sur une croix abandonné de tous ou presque. Ce long récit se termine avec sa mise au tombeau… et c’est tout ! fini…   « et nous qui avions cru qu’il serait le Sauveur… »
Je vous repose donc la question : pourquoi donc, l’Eglise a t-elle gardé ce récit du looser Jésus, cet énième vaincu de l’histoire… (car il y en a eu avant lui, des perdants de l’histoire, et il y en aura après lui) ?
Nous le savons, d’habitude, les institutions – qu’elles soient politique, religieuse, sociale… -  gardent en mémoire, en souvenir le récit des vainqueurs.
L’Eglise : non ! Elle a gardé ce récit du vaincu ; même si par le passé, l’Eglise a toujours eu la tentation de se tenir aux côtés des vainqueurs ; son Evangile lui garde la « Mémoire de la Passion » (memoria Passionis) comme son plus précieux trésor.

La Memoria Passionis, le trésor de l'Eglise

En effet, ce récit est le cœur de l’Evangile puisque tous les autres récits des évangiles convergent vers lui. De la même manière, dans la liturgie, l’Eglise réserve une place de choix à ce récit puisqu’elle le proclame en entier deux fois au cœur de la Semaine Sainte (sommet de l’année liturgique) : à l’entrée de la semaine, c’est aujourd’hui, le jour des Rameaux ; et aussi le Vendredi Saint – jour du basculement du Triduum pascal : nous écouterons alors la Passion selon saint Jean.
L’Eglise garde précieusement cette Memoria Passionis, cette mémoire « dangereuse » des vaincus.   Pourquoi ?


Le choix de Dieu en faveur des plus vulnérables

Cette Memoria Passionis nous dit quelque chose de fondamental : le choix de Dieu - le Dieu de Jésus Christ sauveur – c’est prioritairement les petits, les faibles, les exclus, tous les vaincus de l’histoire. Comment ne pas penser en ces jours saints aux peuples frappés par la guerre au Moyen Orient, ces populations meurtris par la tyrannie de Daech mais aussi en Afrique, ces milliers de femmes et d’enfants violés par des mercenaires ; comment ne pas penser en particulier dans nos sociétés occidentales à tous ces enfants qui ne verront jamais le jour parce qu’avortés – avortés parce qu’ils ne rentrent pas dans les normes de nos sociétés ultra-libérales soumises au diktat de l’efficacité et de la compétitivité.
L’attention de Dieu se porte sur ces petits et ses fragiles depuis le début. Nous le voyons dans Exode 3,14 lorsqu’il s’adresse à Moïse : « j’ai entendu des souffrances de mon peuple, le bruit du claquement de fouet sur leur dos… et je viens les libérer… je t’envoie ».
Mais attention, cette Memoria Passionis, c’est une mémoire « dangereuse » (cf. le théologien Jean-Baptiste Metz) : cette mémoire vient remettre en cause le pouvoir des puissants dans la société … mais aussi dans l’Eglise ! oui cela concerne l’Eglise : nous le voyons dans ce récit de la passion selon Saint Luc : autour du dernier repas, il y a cette disputes entre les disciples pour savoir qui est le plus grand. Jésus répond : « il ne doit pas en être ainsi entre vous comme pour les rois des nations qui commandent en maître » ; il s’agit au contraire de se revêtir du tablier du serviteur.

La mémoire "dangereuse"

Cette "mémoire dangereuse" trouve aussi son expression dans l’hymne du Magnificat de Marie (Lc 2) : Mon âme exalte le Seigneur, il s’est penché sur son humble servante… Il renverse les puissants et il élève les humbles, Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides. Cet hymne repris chaque soir dans les vêpres est un hymne « révolutionnaire ». Il s’agit de cette « révolution de l’Amour » à laquelle aspirait Saint Jean-Paul II et dont le pape François ne cesse d’appeler.

Notre situation en France

Les « puissants » en France, accrochés à leurs privilèges, ne s’y trompent pas. En attaquant l’Eglise, ils mettent en lumière le mécanisme du péché qui conduit à la « mort » d’un innocent.
Comment devons-nous réagir à toute forme de persécution ?
1.     L’Eglise doit être fidèle à l’Evangile, à cette Memoria passionis, en étant au côté des victimes, notamment celles qui ont vécu des actes de pédophilie (dans l’exemple des récentes « persécutions » implicites de ces derniers jours).
2.     MAIS la remontée de ces affaires dans le contexte politique très particulier confond en ridicule nos gouvernants. C’est ce que montre Jean-Pierre Denis de l’hebdomadaire la Vie dans un post récent sur facebook (daté du 17 mars, 17h59, Paris):
Juliette Meadel appelle à la démission de Barbarin.
Alors voilà, c'est plein d'infos, ce petit truc là.
- D'abord, on apprend que la secrétaire d'Etat aux victimes existe.
- deuxio, qu'elle a trouvé une victime, même si ce que l'on lui demandait n'était sans doute pas cela. Elle a visiblement cru qu'il fallait FAIRE une victime. Alors elle a pris Barbarin. Cela tombait sous le sens.
- Tertio, que cette avocate ignore les règles élémentaires du droit : présomption d'innocence, prescription, caractère proportionné de la peine, droit à l'oubli après que la peine soit purgée, réinsertion.
- Quarto, puisqu'elle parle après Valls, que les propos du premier ministre n'étaient pas un dérapage. Il s'agit d'une ligne politique. La loi de 1905 est abolie, on revient au gallicanisme royal. Le Roi nomme les évêques et les abbés.
- Enfin : avec l'Eglise, tout est permis. On se refait une virginité politique pour pas cher. Oubliée, la réforme du code du travail !

Etre des Témoins c'est être solidaires des Victimes à la suite du Christ : la sequela Christi

Que retenir de tout cela ?
1.     nous Chrétiens, face à ces « persécutions sous-jacentes » NE CHERCHONS pas à être considérés comme des VICTIMES !!! Mais au contraire soyons toujours SOLIDAIRES des victimes (et en particulier auprès de ceux qui ont été victimes d’actes pédophiles)
2.     Soyons d’authentiques TEMOINS (martyrs ; de grec martyrion) ; livrons notre vie comme notre seul « Maître » le Seigneur Jésus a fait pour nous, en prenant la suite de ceux qui nous ont précédés sur ce chemin de la Passion et de la Résurrection, à la suite de nos frères chrétiens d’Orient…
Oui soyons témoins de cette Memoria passionis, espérant contre tout espérance notre Résurrection avec lui.

Amen
d'après l'homélie prononcée le dimanche 20 mars (dimanche des Rameaux) à l'église Saint Gervais de Manthelan
Jean-Emmanuel

vendredi 18 mars 2016

Je n’ai rien qu’aujourd’hui, pour aimer

Jésus saisi aux entrailles par la détresse des papas et des mamans endeuillés

C’est avec une grande douleur que nous nous retrouvons ce matin autour du petit Evan. La tristesse est d’autant plus grande lorsque nous éprouvons la douleur de perdre un petit enfant. Mourir si jeune est quelque chose qui va à l’encontre du sens de l’engendrement de la vie.
Jésus, lui-même, le Fils de Dieu, a souvent été pris aux entrailles lorsqu’il croisait sur son chemin des hommes et des femmes éprouvés par le deuil ; et en particulier les papas et les mamans qui ont perdu leur enfant ; le pense à Jaïre, qui a perdu sa fille (Mc 5, 21-43), il y a aussi la veuve de Naïm qui a perdu son fils et que Jésus vient ressusciter (Lc 7,11-16)…
Nous avons entendu cet Evangile qui exprime l’un des traits les plus prégnants de la personnalité de Jésus : sa profonde compassion, sa profonde empathie : « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11, 28).

« Je n’ai rien qu’aujourd’hui, pour aimer… » : la vie intense de l’ « aujourd’hui »

            Que dire de cette courte vie d’Evan. En pensant à lui, m’est revenu en mémoire l’histoire du petit Oscar racontée par EE Schmitt, dans le livre « Oscar et la Dame en Rose ». Oscar est atteint d’une leucémie, et il ne lui reste que 10 jours à vivre. Pour l’accompagner sur son dernier chemin, une dame vient le visiter, c’est Mamie Rose. Elle lui propose deux choses :
1.     vivre chaque jour comme 10 ans de sa vie (il vivra ainsi jusqu’à 110 ans !)
2.     d’écrire à Dieu : ses joies, ses peines, ses interrogations sur la vie.
Ce livre est donc le recueil des lettres d’Oscar (il raconte ainsi tout le chemin qui le conduit à la foi en Dieu…) Ce livre nous redit quelque chose du cœur de la vie humaine éclairée par la foi en Jésus-Christ. Il nous dit aussi que ce n’est pas la longueur d’une vie qui en donne sa saveur, sa beauté, sa grandeur… ; mais c’est la manière de la vivre.
Cela repose la question à chacun : quel est le sens de ma vie ? quels moyens est-ce que je me donne pour que chaque jour aussi banal soit-il soit vécu avec une telle intensité qu’il puisse combler toute une vie ? cf. Ste Thérèse de l’Enfant Jésus (morte à seulement 23 ans, sainte et docteur de l’Eglise) : « Je n’ai rien qu’aujourd’hui, pour aimer !
C’est cette intensité de vie que vous avez vécu avec Evan qui en donne toute sa saveur : et ce sont tous ces moments de complicité et d’amour que vous garderez toujours en mémoire.
cd. la dernière lettre de Mamie Rose
« Cher Dieu,
Le petit garçon est mort.
Je serai toujours dame rose mais je ne serai plus Mamie-Rose. Je ne l’étais que pour Oscar.
Il s’est éteint ce matin, pendant la demi-heure où ses parents et moi nous sommes allés prendre un café. Il a fait ça sans nous. Je pense qu’il a attenu ce moment-là pour nous épargner. Comme s’il voulait nous éviter la violence de la voir disparaître.
C’était lui, en fait, qui veillait sur nous.
J’ai le cœur gros, j’ai le cœur lourd, Oscar y habite et je ne peux pas le chasser. Il faut que je garde encore mes larmes pour moi, jusqu’à ce soir, parce que je ne veux pas comparer ma peine à celle, insurmontable de ses parents.
Merci de m’avoir fait connaître Oscar. Grâce à lui, j’étais drôle, j’inventais des légendes, je m’y connaissais même en catch. Grâce à lui, j’ai ri et j’ai connu la joie. Il m’a aidé à croire en toi. Je suis plein d’amour, ça me brûle, il m’en a tant donné que j’en ai pour toutes les années à venir.
A bientôt
Mamie-Rose

Evan : sa naissance, sa courte vie, sa passion, sa mort… dans l’attente de la Résurection

Evan, par sa courte vie, vous a donné, je crois, à percevoir – sans que vous en ayez pris conscience – quelque chose du Mystère du Christ Jésus : comme lui il est né, il a grandi, il a vécu avec vous de grands moments de joie et aussi de peines, ces derniers jours ont été un peu sa « passion » ; la mort l’a emporté si rapidement ; comme pour Jésus. Cette Passion de Jésus c’est ce que nous allons méditer tout au long de la semaine qui vient (en particulier le dimanche des Rameaux / Vendredi Saint). Evan n’est peut-être pas parti à n’importe quel moment de l’année. Voici que nous l’enterons un VENDREDI – en cette première semaine de la Passion – Vous, ses deux parents, vous voilà comme la Vierge Marie et Saint Jean au pieds de la croix, recueillant dans vos bras ce « fils unique ». Seuls vous ses parents pouvaient ressentir la douleur qui a transpercé le cœur de la Vierge Marie et voyant son fils unique mourir.
Il faudra probablement du temps pour faire le deuil de cet enfant, Evan … pour essayer d’en percevoir un sens pour vous. La seule chose que je sais, c’est que, dès aujourd’hui, vous avez auprès de Dieu notre Père, un puissant intercesseur. C’est Jésus qui le dit lui-même dans Mt 18,10 : les anges des petits enfants « voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux ».
Le Rituel des funérailles des petits enfants, dans l’Eglise catholique, le redit avec force : ces enfants mort prématurément vivent auprès de Dieu notre Père… Si bien que ce n’est pas tant nous qui devons prier pour eux, mais c’est bien EUX qui prient pour nous ; nous qui poursuivons notre route sur la terre – bien sûr, cela ne comble pas le vide que la disparition d’Evan laisse derrière lui dans vos vies. Mais il est important de savoir que désormais vous pouvez compter sur lui avec les saints et les anges : compter sur lui pour continuer d’avancer dans la vie dans la confiance, en osant vivre la RECONCILIATION entre vous, en OUVRANT des chemins de vie dans chacune de vos existences… et tout spécialement dans cette année du jubilé de la miséricorde.
Et n’oubliez pas les paroles de cette chanson de la famille Chedid « on ne dit jamais assez aux gens qu’on aime… qu’on les aime ».

Et lorsqu’un jour, le Seigneur Dieu de l’univers nous réunira tous ensemble autour de la table de son festin à la fin des temps dans son Royaume ; nous nous raconterons avec joie les merveilles que le Seigneur aura faites pour nous par l’intercession d’Evan – votre ambassadeur, désormais auprès de Dieu notre Père.

Je terminerai seulement avec ce Post Scriptum du livre de « Oscar et la Dame en rose » qui dit quelque chose de l’Espérance de la Résurrection :
(Mamie-Rose s’adresse à Dieu) PS : « les trois derniers jours, Oscar avait posé une pancarte sur sa table de chevet. Je crois que cela te concerne: « Seul Dieu a le droit de me réveiller ».

Amen
homélie prononcée à l'occasion de la sépulture d'Evan Dubois (3ans et demi) à l'église Saint Christophe (Créteil) le vendredi 18 mars 2016
Jean-Emmanuel

mercredi 16 mars 2016

D'une génération à l'autre : l'avenir de notre société !

Je vous recommande la lecture de cet article


     En lisant cet article, je ne vois qu'une solution qui permettrait de débloquer la crise de société que nous vivons; ce serait que les baby-boomers qui sont devenus les papy-boomers d'aujourd'hui décident de renoncer à leurs "privilèges" et laissent (enfin!) la place à leurs "fils" et aux plus jeunes générations pour décider et d'agir pour l'avenir de notre pays. Mais c'est là que ça coince. 
    Pourtant notre salut viendra de la confiance que nous accorderons aux générations Y et Z. Ma génération (X) en tout cas vous soutient les jeunes. J'ai confiance en vous. Vous saurez inventer un monde meilleur que celui dont nous héritons de nos pères ;) en vous appuyant sur notre expérience !

dimanche 6 mars 2016

I'm coming home


C'était en ce petit matin du jour de la Résurrection, je me suis rendu à la prison de Tours pour célébrer la messe avec les détenus. J’y suis allé avec cette même appréhension qui animait Moïse quand il s’est approché du buisson ardent (Ex 3). Impression de fouler une terre sacrée. Terre de la fragilité, des plaies ouvertes de l’humanité. Dieu dit « j’ai entendu les souffrances de mon peuple… Va je t’envoie ». Que veux tu leur dire Seigneur ? C’était ma question tout au long de cette semaine. Tu me fais « l’ambassadeur du Christ » qui lance cet « appel » : Laissez-vous réconcilier avec Dieu (2 Co 5). Quel humble serviteur ambassadeur je suis ! je suis un homme pécheur, autant que ces hommes que je vais rencontrer (Is 6). Ce matin l’Evangile est celui des paraboles de la Miséricorde. Avec le Père et ses deux fils. 
« Ce matin je voudrais avec vous « déchirer mon cœur » (Joël 2,13) pour vous laissez entrevoir ce qui m’anime au plus profond de moi-même (…) Je pense à ce fils cadet qui a voulu voir le monde… voler de ses propres ailes… il s’est laissé entrainer dans la misère ; le voici abusé, il perd pied… Voici que loin de son Père, il se souvient de ce lieu merveilleux qui était la maison de son Père. Home, sweet home !  Il avait été un enfant gâté et il a tout gâché. C’est dans ces moments de détresse que souvent Dieu se révèle à nous.
C’est dans ces moments de détresse et de grande misère que Dieu vient jusqu’à nous... Comme ce Père… ce vieux père qui est presque aveugle à force d’avoir pleuré toutes les larmes de son corps… à force d’avoir attendu que son fils, son fils bien-aimé revienne. Son cœur de Père est saisi de compassion quand il le voit revenir. Et voilà ce vieux père qui court à sa rencontre… il le serre dans ses bras… ses larmes se mêlent aux larmes de son fils retrouvé. Ce fils c’est moi… moi qui entends dire « tu es mon fils bien-aimé… tu es vivant, je t’attendais… depuis toujours. » Je sens les bras du Père et de la Mère qui m’entourent ; ses mains qui caressent mon visage et qui sèchent mes larmes. Ce père qui me couvre de baisers, ce Père qui a le cœur d’une mère ; le cœur d’une maman parce qu’il est le Dieu miséricordieux (rahamim).
Ce matin, c’est ce Dieu miséricordieux que je veux vous annoncer. Dieu n’est pas d’abord justice mais miséricordieux, tendre et compatissant. Je veux vous annoncer cette joie de Dieu : le joie de nous réconcilier avec lui. C’est gratuit !  Sa seule grâce ! La seule condition pour nous est de se laisser saisir dans notre vulnérabilité, saisir cette « corde » qu’il nous envoie dans notre misère.
Ce matin, je me fais le porte-parole de Dieu : « laissez vous réconciliez avec Dieu ; laissez Dieu vous réconcilier avec vous-mêmes et votre passé… »

Tout le temps du Carême est ce temps pour nous préparer à ce grand mystère de notre foi le mystère pascal : la mort et la résurrection de Jésus… Dans sa Passion pour nous, Dieu ne s’est pas contenté de nous attendre. Il est aussi venu nous chercher pour nous faire revenir à la maison. Par sa résurrection il nous ouvre les portes du Paradis, le « chez nous » avec Dieu le Père.   I’m coming home.

Petit clin Dieu, en face de la prison, il y a une rue qui porte le nom de "rue de l'Espérance"
Jr 29 : "Dieu a pour nous un avenir, une espérance"...
Père Jean-Emmanuel

lundi 8 février 2016

Devenir les saints que le monde attend

« Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu »
5ème dimanche TO 2016
Cette expression de l’Apôtre Paul (1Co 15 // 1Co11, 23) vient fonder ce que nous appelons, nous les chrétiens, la TRADITION.
La Tradition n’est pas un dépôt figé dans le passé. Le mot « tradition » vient du latin traditio qui traduit le mot grec : paradosis qui veut dire « livraison ». Ainsi, fondamentalement la Tradition, au sens de la théologie chrétienne, est « l’auto-livraison de Dieu en Jésus-Christ dans l’Esprit-Saint »[1]. La Tradition est le mouvement de vie en Dieu, mouvement de l’amour qui se reçoit et qui se donne. Nous pouvons ainsi dire que la tradition est la transmission vivante de l’Evangile – don de Dieu. Cette Tradition a pris des formes différentes à travers les siècles ; ainsi des traditions multiples sont nées, ont progressé, ont disparu ou se sont transformées.
Pour prendre une autre image, on peut regarder une course de relais. La Tradition se donne à voir dans le passage de témoin… de génération en génération. Des hommes et des femmes qui sont témoins du Passage de la mort à la Vie du Christ (Pâques). Ainsi nous voyons que cette transmission vivante, cette tradition « progresse » d’Est en Ouest, du Nord au sud… et à travers les âges. Et c’est grâce à cette chaine ininterrompue que nous sommes devenus chrétiens. Encore une fois ce qui est transmis n’est pas quelque chose de figé mais la VIE qui se donne sans cesse – comme une expérience de foi : comme aujourd’hui Isaïe à travers une théophanie (Isaïe 6), Paul sur le chemin de Damas, et tous les frères témoins du Ressuscité (1Co15), Pierre et les disciples dans la barque après la pêche miraculeuse.

Malheureusement dans cette chaine de transmission, notre péché a pu s’infiltrer. Deux choix se présentent à nous :
- soit nous promouvons la vie : dans ce jeu de naissance, de croissance et de mort à soi-même pour laisser à la génération suivante inventer sa manière de recevoir et d’interpréter l’Evangile reçu.
- Soit nous tentons de garder la vie pour nous-mêmes… mais cela finit par aboutir à la stérilité et la mort.
*C’est tout le problème de l’intégrisme et traditionalisme qui figent la vie à une seule interprétation considérée comme définitive ; on empêche aux fils d’être vraiment des fils ; « vos enfants, ne sont pas vos enfants » disait Khalil Gibran).
Il y a là un péché d’idôlatrie comme le dit le pape François : Dire "on a toujours fait comme ça", c’est un péché d’idolâtrie. La voie, c’est d’ouvrir notre  cœur à l’Esprit Saint, de discerner quelle est la volonté de Dieu. »
cf. discours du pape François aux évêques du Mexique
*En sens opposé mais conduisant à la même stérilité : l’idéologie progressiste qui rompt avec le passé en choisissant délibérément de se couper de ses racines (« en tuant le Père » : cette idéologie est aussi une idôlatrie qui conduit à la mort).

Face à l’émergence d’une nouvelle génération de croyants, nous pouvons être étonnés par l’expression nouvelle de foi que suscite chez eux l’expérience de la rencontre avec le Ressuscité… Il nous faut accueillir cette nouveauté comme un don que Dieu fait à notre Eglise. Le pape François l’a très bien compris. Cf. entretien dans l’avion le menant à Rio pour ses premières JMJ en 2013.
* soyons attentifs à cette nouvelle génération qui vient, en accueillant leur créativité (vidéo)
* Push to share the Joy

De très nombreux observateurs et acteurs de notre société perçoivent aujourd‘hui que la crise que nous vivons actuellement correspond à l’aube de temps nouveaux : temps nouveaux pour l’humanité / temps nouveaux pour l’Evangile. L’évènement du concile Vatican II est le signe prophétique de ce que nous commençons à voir se réaliser telle une promesse pour le nouveau siècle.
Ce qui s’annonce est à la fois très GRAND, il s’agit de l’établissement de ce que St Jean Paul II annonçait comme la CIVILISATION de l’AMOUR (j’ajouterai) miséricordieux. Des pionniers oeuvrent déjà ; mais ce sont nos enfants qui, avec la grâce de Dieu, vivront le déploiement du Royaume de Dieu. Cet avènement d’un monde nouveau ne se fera pas sans l’opposition des forces du mal (nous les voyons déjà à l’oeuvre)  - ces forces sont aussi en nous ! il ne s’agit pas de diaboliser qui que ce soit ! Aujourd’hui déjà, la progression des chrétiens dans le monde ne cessent de s’étendre ; et en même temps le nombre des martyrs chrétiens.


Des idéologies idolâtriques et puissantes s’immiscent dans nos mentalités modernes : le transhumanisme  en est un exemple (cf. Kurzweil, directeur de l’ingenerie  chez google…; Intelligence artificielle ; nouveaux défis éthiques des OGM humain); qui a précisément comme projet de dépasser l’homme, de le remplacer ; de supprimer notre passé, et les liens de filiations. Projet de destruction ou d’obstruction à la TRADITION.
En sens inverse, il y a d’autres forces de vie et de progrès qui sont conformes à la transmission de la vie. Je pense aux découvertes fabuleuses du BIOMIMETISME. (Idriss Aberkane…).

Le XXIème sera un siècle décisif pour l’humanité. Il y est question de VIE et de MORT comme à tous les grands tournants de notre histoire où se joue la tradition de la vie. Face à ce grand défi tous les hommes de bonne volonté, tous les croyants du monde des différentes religions auront à s’associer pour faire gagner la vie contre les forces de mort (cf. appel à la prière du pape François en janvier 1'30).

Voilà pourquoi, pour nous chrétiens, il nous faut
*être enracinés de plus en plus dans la foi au Christ mort et ressuscité qui nous révèle le visage du Père miséricordieux (cf. homélie du pape François le 4/02 : donner la foi en héritage).
*Ne pas avoir peur des immenses défis qui sont devant nous,
* ne pas avoir peur d’être des TEMOINS fidèles jusqu’au bout de l’Evangile (= martyrs)
*Risquer d’avancer au large
*Prendre des décisions, s’engager politiquement et socialement en faveur de la famille qui est le lieu où nait la vie et se développe (cf. synode pour la famille)
* Tout mettre en oeuvre pour promouvoir la vie de nos enfants et les faire grandir dans l'amour du Dieu miséricordieux (cf. Jubilé) et les éveiller à la beauté.
*Choisir la VIE contre l’option intégriste ou transhumaniste qui véhiculent la « culture de mort »  (Jean Paul II) et une « culture de l’exclusion » (pape François)

Et devenir les saints que le monde attend





D’après l’homélie prononcée en l’Eglise Saint Martin de Ligueil le 7 février 2016




[1] Pour aller plus loin lire le chapitre II de la constitution dogmatique Dei Verbum (Vatican II)