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lundi 22 août 2016

En quête de la couronne de Gloire qui ne se fane pas...

        « Seigneur, n’y a t-il que peu de gens qui soient  sauvés ? »
Voici la question posée à Jésus dans l’Évangile (Lc 13,22-30).
A l’heure où se termine les Jeux Olympiques de Rio, j’aimerai éclairer cette question du Salut avec la métaphore du sport en citant Saint Paul (1 Co 9, 24-27). Paul parle en effet du salut comme d’un prix à remporter :
Vous savez bien que, dans le stade, tous les coureurs participent à la course, mais un seul reçoit le prix. Alors, vous, courez de manière à l’emporter.
Tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère ; ils le font pour recevoir une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas.
Moi, si je cours, ce n’est pas sans fixer le but ; si je fais de la lutte, ce n’est pas en frappant dans le vide.
Mais je traite durement mon corps, j’en fais mon esclave, pour éviter qu’après avoir proclamé l’Évangile à d’autres, je sois moi-même disqualifié.

Le but de notre vie
Cette « couronne qui ne se fane pas », ce prix à remporter n’est-ce pas être sauvé, sanctifié, justifié? mais qui peut-être sauvé ? La réponse de Jésus est déroutante au premier abord: « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite car… beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas ». D’une autre manière Saint Paul semble aboutir à la même conclusion : il faut bien des efforts pour PEU d’élus à la fin !

Retournement de l’Evangile
Mais il faut aller plus loin car la dernière phrase du passage d’Evangile indique que doit s’opérer en nous un changement de perspective : « Oui il y a des derniers qui seront premiers, et de premiers qui seront derniers »

A y regarder de plus près, Jésus présente deux manières d’envisager le Salut, cette « entrée dans le Royaume de Dieu » :
  1. La première consiste à vouloir se sauver par soi-même en cherchant à gravir l’une après l’autre les marches de la perfection pour se hisser à la première place. Mais Jésus nous prévient ce chemin est ardu, étroit… c’est beaucoup d’efforts pour peu d’élus. C’est aussi le danger de tomber dans cette hérésie qu’est le pélagianisme qui a trouvé en occident une nouvelle forme dans l’idéologie du progrès des temps modernes.
  2. La seconde voie est de mettre notre confiance en Dieu qui seul peut nous sauver ; et cela à l’exemple de nos Pères dans la foi : Abraham, Isaac et Jacob et aussi les prophètes. « Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume  de Dieu. »…
Que faut-il comprendre de la réponse paradoxale de Jésus ?
Jésus est catégorique : ce n’est pas nous qui pouvons nous sauver nous-mêmes même avec toute notre bonne volonté, nos efforts, nos mérites… la pratique des vertus, nos efforts pour essayer de faire le bien, être charitable… pour évangéliser… pour prier, venir à la messe…
Pour le dire autrement ce ne sont pas nos ŒUVRES que nous peuvent nous sauver ; mais SEUL DIEU nous sauve !
Comprenons bien : le but de notre vie, ce à quoi Dieu nous appelle c’est la vie de Sainteté – « la sanctification » – c’est-à-dire : vivre dans la communion avec Dieu et les hommes (c’est la vision du prophète Isaïe 66). Mais la sainteté ce n’est pas gravir les escaliers de la perfection… la sainteté n’est pas un accomplissement de soi par ses propres mérites ; mais la « sainteté est d’abord un vide que l’on accepte et que Dieu vient remplir dans la mesure où l’on s’ouvre à la plénitude » (Eloi Leclerc) 
Car aux yeux de Dieu PERSONNE n’est JUSTE : « éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice ». Mais le vrai nom de Dieu c’est qu’il est le MISERICORDIEUX !
            Les deux plus grands athlètes de tous les temps des Jeux Olympique ont bien découvert cette miséricorde de Dieu – Ce Dieu qui vient nous chercher dans notre misère parce qu’Il est BON, Tendre et rempli de compassion.  

Michael Phelps, interviewé raconte que ni les médias ni les médailles n’ont réussi à combler son vide intérieur et à le détourner de ses pensées suicidaires. Grâce à des amis, il a retrouvé le chemin vers Dieu. Et avec la grâce de Dieu, Phelps a été sauvé du gouffre et ramené à la vie. Son succès l’emmène encore sur les podiums, et les médias continuent de le vénérer comme un dieu, mais cette fois-ci Phelps sait qui il est et ce qu’il vaut. Il comprend que les médailles d’or, quel que soit leur nombre, n’ont pas le pouvoir de le sauver. Et il déclare « tout cet or ne peut briller sans Dieu »

 UsainBolt : Il est catholique et très croyant… Il n’en parle pas beaucoup, mais autour du cou, il porte une médaille plus puissante que toutes ses médailles d’or : la médaille miraculeuse. Grâce au champion jamaïcain, Marie est devenue la figure la plus priée parmi les coureurs. Dernièrement il a tweeté ce message : « Tout est possible avec Dieu… Je vais tout donner à l’entraînement aujourd’hui #thankuGod

Seigneur, nous te rendons grâce pour ta miséricorde… tu es si bon pour nous ! Notre désir Seigneur est de remporter ce prix, cette couronne de Gloire dont tu remets à tes saints. Toi seul est le Très Haut… nous nous en remettons humblement à toi.   Amen

P. Jean-Emmanuel, église Saint Martin de Ligueil, d’après la prédication du 21 août 2016.

dimanche 31 juillet 2016

Quelle folie ?

« Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie… »
  Bien sûr, cette semaine, nous avons en tête cette folie meurtrière qui s’est emparée de deux jeunes qui ont assassinés le Père Jacques Hamel. Mais DIEU lui même nous met en garde contre une autre folie celle de vivre notre vie, « en amassant pour soi-même au lieu d’être riche en vue de Dieu ».
la folie d'une vie donnée
  J’imagine le Père Jacques arrivé au Ciel auprès de Dieu et des saints. Qu’est-ce qu’il nous dirait de ces événements ?  Je crois, assurément, qu’il nous dirait : sa joie d’une vie donnée. Sa vie, comme prêtre auprès des plus petits de l’Evangile dans cette banlieue de Rouen, il l’a offerte à Dieu. Personne n’a pu lui prendre même pas son assassin car sa vie, il l’a déjà donnée à Dieu.

la folie sécuritaire
  A contrario, voilà donc le plus grand des malheur, la plus grande des folie : celle d’amasser pour soi-même, de garder sa vie pour soi, de vouloir la « sécuriser » pour ne pas la perdre. Mais c’est pure folie nous dit DIEU lui-même.
  Et quel contraste entre les discours politiques et médiatiques ultrasécuritaire et polémiques (aux Etats-Unis, Russie, France…) et l’Evangile qui nous invite à être riche en vue de Dieu.
  Le pape François lors de la veillée de prière du samedi soir aux JMJ a mis en garde contre le danger de la paralysie qui nait « lorsqu’on confond le BONHEUR avec un DIVAN! Oui, croire que pour être heureux, nous avons besoin d’un bon divan. Un divan qui nous aide à nous sentir à l’aise, tranquilles, bien en sécurité. (…) »
  Mais le pape poursuit : « la vérité est autre : chers jeunes, nous ne sommes pas venus au monde pour « végéter », pour vivre dans la facilité, pour faire de la vie un divan qui nous endorme ; au contraire, nous sommes venus pour autre chose, pour laisser une empreinte (…). Mais quand nous choisissons le confort, en confondant bonheur et consumérisme, alors le prix que nous payons est très mais très élevé : nous perdons la liberté ».
  En écho la parabole de l’Evangile dénonce l’attitude de cette homme consumériste, hédoniste qui après avoir amasser des richesses s’assoupit dans son « divan ». Mais c’est de la FOLIE ! dit Dieu car « ce soir je reprend ta vie ».
« là où est ton trésor, là aussi est ton cœur »
  La mort qui frappe des innocents aveuglement ces derniers mois convoque chacun à répondre à cette question de Dieu : « ce que tu auras accumuler : tes richesses financières, immobilières, tes privilèges, ta place dans la société… à qui le donnons-nous ? »
  Dans l’Evangile, Jésus nous interpelle « là où est ton trésor, là aussi est ton cœur ».
A qui appartient notre cœur ? A qui appartient notre vie ?
Amassons nous en vue de nous-mêmes pour préserver le confort de notre divan ? ou en vue de Dieu ?
Face à la mort inéluctable qui vient, que faisons nous de notre vie ?
Résonne alors la Parole de Dieu de ce jour : « Vanité des Vanités, tout est Vanité » dit le sage Qohèleth (1, 2...). Toute recherche de puissance, de pouvoir, de richesse, de sécurité, de réputation… tout cela est vain, tout cela n’est que « fumée ».
Saint Paul (Col 3) nous dit « faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre » !
A qui appartient notre cœur ?
S’il appartient seulement à la terre, nous sommes les plus malheureux des hommes car au jour où nous perdrons la santé, la vie nous serons sans ressource, perdus… et nous ne vivons que pour survivre à l’heure fatale et inéluctable de la mort qui vient et qui ne laissera que poussière derrière elle.
Au contraire nous dit Saint Paul : « frères si vous êtes ressuscité avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut… » Non pas qu’il faille déserter la terre mais au sens où la promesse de notre baptême nous appelle à une VIE qui appartient au Ciel et à DIEU que rien ne peut nous ravir. Car « Rien ne peut nous séparer de l’Amour du Christ… ni la détresse… ni les « démons »… ni la mort » (Rm 8) . Appartenir à Dieu nous donne une grande liberté comme chrétien en ce monde.
Le pape François a interpelé les jeunes à ce propos
« Chers amis, Jésus est le Seigneur du risque, du toujours « au-delà ». Jésus n’est pas le Seigneur du confort, de la sécurité et de la commodité. Pour suivre Jésus, il faut avoir une dose de courage, il faut se décider à changer le divan contre une paire de chaussures qui t’aideront à marcher, sur des routes jamais rêvées et même pas imaginées, sur des routes qui peuvent ouvrir de nouveaux horizons, capables de propager la joie, cette joie qui naît de l’amour de Dieu, la joie que laissent dans ton cœur chaque geste, chaque attitude de miséricorde. Aller par les routes en suivant la « folie » de notre Dieu qui nous enseigne à le rencontrer en celui qui a faim, en celui qui a soif, en celui qui est nu, dans le malade, dans l’ami qui a mal tourné, dans le détenu, dans le réfugié et dans le migrant, dans le voisin qui est seul. Aller par les routes de notre Dieu qui nous invite à être des acteurs politiques, des personnes qui pensent, des animateurs sociaux. Il nous incite à penser à une économie plus solidaire. Dans les milieux où vous vous trouvez, l’amour de Dieu nous invite à porter la Bonne Nouvelle, en faisant de notre propre vie un don fait à lui et aux autres (…). »
« Faire de notre vie un don à lui et aux autres » 
c’est une autre manière de dire « être riche en vue de Dieu »
A qui appartient notre cœur, à qui le donnons nous ?
Je termine avec le témoignage de Sœur Hélène qui a vécu sous ses yeux l’assassinat du Père Jacques. Le jeunes agresseur lui demande : « as-tu peur de mourir ? » Elle répond « non ».
_Pourquoi ? _ « Je crois en Dieu et je sais que je serai heureuse » et elle de se dire en elle-même : « Pensant que j’allais mourir, intérieurement, j’ai offert ma vie à Dieu »


P. Jean-Emmanuel, homélie du 18ème dimanche du TO à l’église Saint Martin (Ligueil)

Bonus en musique : Ma Folie (groupe Nannup)


mercredi 27 juillet 2016

Seul un Dieu peut nous sauver

Démasquer le mal qui nous frappe
   Pas un jour ne passe désormais sans que nous soyons informés de nouveaux attentats. Dans ce nouveau siècle qui commence véritablement, rien ne peut plus nous assurer que demain nous ne serons pas touchés par cette folie qui tue aveuglément des innocents.
   Nous nous interrogeons : pourquoi cette souffrance ? Pourquoi ce mal à l’œuvre en notre monde ?
Les politiques et les media en perdent la tête cherchant des explications, se rejetant la responsabilité. Certes il nous faut chercher à comprendre humainement ce qui se passe pour agir en conséquence. 
Mais comme pour les générations qui ont connu les drames du XXe siècle, nous sommes dépassés par l’ampleur de ce mal sans visage si ce n’est le visage de ces hommes dépersonnalisés. Nommer ce mal avec des incantations tel « Daech », « terrorisme » ne suffit plus.

  Notre tradition judéo-chrétienne et aussi la tradition musulmane ont d’autres ressources pour démasquer ce mal et l’ « envisager ». Elles parlent unanimement de « démons » (=puissances), « diable » (=diviseur), « satan » (=adversaire). Autant de mot pour dire que ce mal a aussi une origine « spirituelle ». Dès lors le combat contre le mal se gagne aussi et d’abord sur un champ de bataille « spirituel ». La sécularisation du monde a conduit à restreindre notre représentation du monde au seul horizon de la terre. Les matérialismes aussi bien marxiste que libéral-consumériste – avec leurs promesses de bonheur terrestre – nourris d’une idéologie scientiste et positiviste ont exclu de leur champ de conscience ce monde spirituel que les époques antique et médiévale connaissaient bien. Cet a priori athéiste ou agnostique inculqué dans notre « éducation nationale » rend nos contemporains « aveugles » des véritables forces en présence.

Le véritable combat
   C’est le véritable sens du « combat spirituel », nommé dans l’Islam : « dhjiad ». Le combat contre le mal se joue d’abord sur le champ de bataille spirituel, en nous. L’enjeu du combat est notre propre conversion au Bien. Saint Paul écrit aux chrétiens d’Ephèse (Eph 6) :

Enfin, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force.
11 Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable.
12 Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes.
13 Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon.
14 Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice,
15 les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix,
16 et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais.
17 Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu.
18 En toute circonstance, que l’Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles.

Le "Mystère caché" de notre monde
La question est alors quel est le sens de ce combat ? Quel est le sens de cette histoire ?
Il nous faut ouvrir la Bible pour y découvrir « le mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations » (Col 1, 26). En lisant la Bible, nous découvrons l’histoire du Salut, l’histoire d’un Dieu qui s’est lié à un peuple et qui est déterminé à le sauver. Un Dieu tellement déterminé qu’il s’est fait homme. Et sa détermination est telle ! qu’il va jusqu’à vivre la passion et mourir sur une croix. 
« Ma vie personne ne la prend, c’est moi qui la donne » (Jn 10,18). 
  
  Ce salut acquis par le sacrifice de sa vie est révélé dans la lumière de sa Résurrection qui atteste que l’Amour est plus fort que les forces de ténèbres qui ont conduit à faire mourir cet innocent, lui qui est le Fils de Dieu. Désormais, « rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ » (Rm 8, 35-38), il nous a aimé « jusqu’à l’extrême » (Jn 13,1).
Celui qui a  été saisi par ce grand amour, n’a plus peur de rien ! ni même la mort !
Ecoutons Jésus (Lc 12)
04 Je vous le dis, à vous mes amis : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus.
05 Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne. Oui, je vous le dis : c’est celui-là que vous devez craindre.
06 Est-ce que l’on ne vend pas cinq moineaux pour deux sous ? Or pas un seul n’est oublié au regard de Dieu.
07 À plus forte raison les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez sans crainte : vous valez plus qu’une multitude de moineaux.

Voici donc le sens caché de notre monde. Paul le résume en cette formule :
« Car Dieu a bien voulu leur faire connaître en quoi consiste la gloire sans prix de ce mystère parmi toutes les nations : le Christ est parmi vous, lui, l’espérance de la gloire ! » (Col 1, 27)

Wake up ! Notre Espérance c'est le Christ !
Réveillons-nous chrétiens ! Sortons de l’aveuglement général à propos de ce que nous vivons ! Notre espérance, c’est le Christ, mort pour nous et Ressuscité ! il est le véritable SEIGNEUR, le ROI de l’univers, Maitre le l’Histoire.
Si nous comptons sur nos propres forces et nos petits raisonnements restreints nous sommes perdus en ce monde. Car SEUL un DIEU peut nous SAUVER du mal. Nous le redisons dans la prière du Notre Père : « Délivre nous du mal ».

Que devons nous faire ?
Suivre Jésus dont la prédiction se résume à
« Convertissez-vous »
Comment ? En pratiquant les œuvres de miséricorde (cf. bulle du pape François pour le Jubilé)
La seule résistance que nous pouvons opposer de manière efficace contre le mal est le Sainteté !
« Croyez à l’Evangile »
Dans Isaïe 7, il est écrit « Si vous ne croyez pas vous ne pourrez pas tenir ». Seule la foi peut nous sauver. Croire en Dieu c’est pratiquer sa foi par la prière, la célébration des sacrements de l’Eglise, la charité, l’annonce de la Bonne Nouvelle, l’engagement pour le dialogue et la paix.
Croire ou pas ? est une question aujourd’hui de vie ou de mort !
Notre espérance : « Le Règne de Dieu est tout proche » (Mc 1, 15)
Dieu Seul peut nous sauver et il est déterminé à le faire dans notre pays et dans le monde.

Sommes nous prêts à nous convertir, à croire et le suivre en accueillant son Règne dans nos cœurs en manifestant ses oeuvres de miséricorde ?


mercredi 25 mai 2016

Réflexion sur le bon usage des études scolaires en vue de l'Amour de Dieu

Ces réflexions furent, je crois, rédigées par Simone Weil en avril 1942. En tout cas, elle m'en fit don, afin de pouvoir, par mon intermédiaire, aider des étudiantes catholiques avec qui ma nomination à Montpellier devait me mettre en contact.
Ayant oublié de me les laisser en partant, elle me les envoya de Casablanca; elle y fait allusion dans sa lettre à S...
Simone y attachait une extrême importance; elle y livre le secret qui lui donne la force de persévérer dans ses études malgré toutes les difficultés, surtout celles qui lui vinrent de ses terribles migraines.
Avant de connaître Dieu, cette attitude en face de la vérité avait été une de ses grandes préoccupations; plus tard, quand elle le connut, elle en comprit encore mieux la valeur puisqu'elle découvrit alors que cette remise à la Vérité menait à Dieu et au prochain en lui.
Il serait hors de propos de faire ici grief à Simone Weil de ne parler que de cette attitude subjective qui ne tient pas compte des méthodes particulières à chaque disci­pline : autre doit être la méthode scientifique, autre la méthode littéraire, autres les lois de la science et autres celles de la création artistique; elle se place. au point de vue intérieur et unique de la "encontre avec Dieu. Mais il faut reconnaître que, éblouie par sa découverte, elle omet presque toujours ce point de vue « objectif », et c'est ce qui, nous l'avons vu, fut une de ses difficultés majeures dans l'étude du catholicisme.
R.P. PERRIN O.P.


La clef d'une conception chrétienne des études, c'est que la prière est faite d'attention. C'est l'orientation vers Dieu de toute l'attention dont 1 'âme est capable. La qua­lité de l'attention est pour beaucoup dans la qualité de la prière. La chaleur du cœur ne peut pas y suppléer.

Seule la partie la plus haute de l'attention entre en contact avec Dieu, quand la prière est assez intense et pure pour qu'un tel contact s'établisse; mais toute l'at­tention est tournée vers Dieu.

Les exercices scolaires développent, bien entendu, une partie moins élevée de l'attention. Néanmoins, ils sont pleinement efficaces pour accroître le pouvoir d'attention qui sera disponible au moment de la prière, à condition qu'on les exécute à cette fin et à cette fin seulement.

Bien qu'aujourd'hui on semble 1'ignorer, la formation de la faculté d'attention est le but véritable et presque 1'unique intérêt des études. La plupart des exercices sco­laires ont aussi un certain intérêt intrinsèque; mais cet intérêt est secondaire. Tous les exercices qui font vrai­ment appel au pouvoir d'attention sont intéressants au même titre et presque également.

Les lycéens, les étudiants qui aiment Dieu ne devraient jamais dire « Moi, j 'aime les mathématiques », « moi, j 'aime le français », « moi, j'aime le grec ». Ils doivent apprendre à aimer tout cela, parce que tout cela fait croî­tre cette attention qui, orientée vers Dieu, est la sub­stance même de la prière.

N'avoir ni don ni goût naturel pour la géométrie n'em­pêche pas la recherche d'un problème ou l'étude d'une démonstration de développer l'attention. C'est presque le contraire. C 'est presque une circonstance favorable.

Même il importe peu. qu'on réussisse à trouver la solu­tion ou à saisir la démonstration, quoiqu'il faille vrai­ment s 'efforcer d'y réussir. Jamais, en aucun cas, aucun effort d 'attention véritable n 'est perdu. Toujours il est pleinement efficace spirituellement, et par suite aussi, par surcroît, sur le plan inférieur de l'intelligence, car toute lumière spirituelle éclaire l'intelligence.

Si on cherche avec une véritable attention la solution d'un problème de géométrie, et si, au bout d'une heure, on n 'est pas plus avancé qu'en commençant, on a néanmoins avancé, durant chaque minute de cette heure, dans une autre dimension plus mystérieuse. Sans qu 'on le sente, sans qu’on le sache, cet effort en apparence stérile et sans fruit a mis plus de lumière dans 1 'âme. Le fruit se retrouvera un jour, plus tard, dans la prière. il se retrouvera sans doute aussi par surcroît dans un domaine quelconque de I 'intelligence, peut-être tout à fait étranger à la mathématique. Peut-être un jour celui qui a donné cet effort inefficace sera-t-il capable de saisir plus directement, à cause de cet effort, la beauté d'un vers de Racine. Mais que le fruit de cet effort doive se retrouver dans la prière, cela est certain, cela ne fait aucun doute.

Les certitudes de cette espèce. sont expérimentales. Mais Si l'on n 'y croit pas avant de les avoir éprouvées, si du moins on ne se conduit pas comme Si l'on y croyait, on ne fera jamais l'expérience qui donne accès à de telles certitudes. Il y a là une espèce de contradiction. Il en est ainsi, à partir d'un certain niveau, pour toutes les con­naissances utiles au progrès spirituel. Si on ne les adopte pas comme règle de conduite avant de les avoir vérifiées, si on n 'y reste pas attaché pendant longtemps seulement par la foi, une foi d'abord ténébreuse et sans lumière, on ne les transformera jamais en certitudes. La foi est la condition indispensable.

Le meilleur soutien de la foi est la garantie que Si l'on demande à son Père du pain, il ne donne pas des pierres. En dehors même de toute croyance religieuse explicite toutes les fois qu'un être humain accomplit un effort d'attention avec le seul désir de devenir plus apte à saisir la vérité; il acquiert cette aptitude plus grande, même si son effort n 'a produit aucun fruit visible. Un conte esqui­mau explique ainsi l'origine de la lumière : « Le corbeau qui dans la nuit éternelle ne pouvait pas trouver de nour­riture, désira la lumière, et la terre s 'éclaira. » S 'il y a vraiment désir, si l'objet du désir est vraiment la lu­mière, le désir de lumière produit la lumière. Il y a vrai­ment désir quand il y a effort d 'attention. C'est vraiment la lumière qui est désirée si tout autre mobile est absent. Quand même les efforts d'attention resteraient en appa­rence stériles pendant des années, un jour une lumière exactement proportionnelle à ces efforts inondera 1' âme. Chaque effort ajoute un peu d'or à un trésor que rien au monde ne peut ravir. Les efforts inutiles accomplis par le Curé d'Ars, pendant de longues et douloureuses années, pour apprendre le latin, ont porté tout leur finit dans le discernement merveilleux par lequel il apercevait l'âme même des pénitents derrière leurs paroles et même derrière leur silence.

Il faut donc étudier sans aucun désir d 'obtenir de bon­nes notes, de réussir aux examens, d'obtenir aucun résul­tat scolaire, sans aucun égard aux goûts ni aux aptitudes naturelles, en s'appliquant pareillement à tous les exer­cices, dans la pensée qu'ils servent tous à former cette attention qui est la substance de la prière. Au moment où on s'applique à un exercice, il faut vouloir l'accomplir correctement; parce que cette volonté est indispensable pour qu'il y ait vraiment effort. Mais à travers ce but im­médiat l'intention profonde doit être dirigée unique­ment vers l'accroissement du pouvoir d 'attention en vue de la prière, comme lorsqu'on écrit on dessine la forme des lettres sur le papier, non pas en vue de cette forme, mais en vue de l'idée à exprimer.

Mettre dans les études cette intention seule à l'exclu­sion de toute autre est la première condition de leur bon usage spirituel. La seconde condition est de s 'astreindre rigoureusement à regarder en face, à contempler avec attention, pendant longtemps, chaque exercice scolaire manqué, dans toute la laideur de sa médiocrité, sans se chercher aucune excuse, sans négliger aucune faute ni aucune correction du professeur, et en essayant de re­monter à l'origine de chaque faute. La tentation est grande de faire le contraire, de glisser sur l'exercice cor­rigé s'il est mauvais, un regard oblique, et de le cacher aussitôt. Presque tous font presque toujours ainsi. Il faut refuser cette tentation. incidemment et par surcroît, rien n 'est plus nécessaire au succès scolaire, car on tra­vaille sans beaucoup progresser, quelque effort que l'on fasse, quand on répugne à accorder son attention aux fautes commises et aux corrections des professeurs.

Surtout la vertu d'humilité, trésor infiniment plus pré­cieux que tout progrès scolaire, peut être acquise ainsi. A cet égard la contemplation de sa propre bêtise est plus utile peut-être même que celle du péché. La conscience du péché donne le sentiment qu'on est mauvais, et un certain orgueil y trouve parfois son compte. Quand on se contraint par violence à fixer le regard des yeux et celui de l’âme sur un exercice scolaire bêtement manqué, on sent avec une évidence irrésistible qu'on est quelque chose de médiocre. Il n 'y a pas de connaissance plus dési­rable. Si l'on parvient à connaître cette vérité avec toute l’âme, on est établi solidement dans la véritable voie.

Si ces deux conditions sont parfaitement bien rem­plies, les études scolaires sont sans doute un chemin vers la sainteté aussi bon que tout autre.

Pour remplir la seconde il suffit de le vouloir. Il n'en est pas de même de la première. Pour faire vraiment attention, il faut savoir comment s'y prendre.

Le plus souvent on confond avec l'attention une espèce d'effort musculaire. Si on dit à des élèves « Maintenant vous allez faire attention », on les voit froncer les sour­cils, retenir la respiration, contracter les muscles. Si après deux minutes on leur demande à quoi ils font atten­tion, ils ne peuvent pas répondre. ils n 'ont fait attention à rien, Ils n 'ont pas fait attention. Ils ont contracté leurs muscles.

On dépense souvent ce genre d'effort musculaire dans les études. Comme il finit par fatiguer, on a l'impression qu'on a travaillé. C 'est une illusion. La fatigue n 'a aucun rapport avec le travail. Le travail est l'effort utile, qu'il soit fatiguant ou non. Cette espèce d'effort musculaire dans l'étude est tout à fait stérile, même accompli avec bonne intention. Cette bonne intention est alors de celles qui pavent l'enfer. Des études ainsi menées peuvent quel­quefois être bonnes scolairement, du point de vue des notes et des examens, mais c'est malgré l'effort et grâce aux dons naturels; et de telles études sont toujours inu­tiles.

La volonté, celle qui au besoin fait serrer les dents et supporter la souffrance, est l'arme principale de l'ap­prenti dans le travail manuel. Mais contrairement à ce que l'on croit d'ordinaire, elle n'a presque aucune place dans l'étude. L'intelligence ne peut être menée que par le désir. Pour qu'il y ait désir; il faut qu'il y ait plaisir et joie. L'intelligence ne grandit et ne porte de fruits que dans la joie. La joie d'apprendre est aussi indispensable aux études que la respiration aux coureurs. Là où elle est absente, il n'y a pas d'étudiants, mais de pauvres carica­tures d'apprentis qui au bout de leur apprentissage n 'auront même pas de métier.

C 'est ce rôle du désir dans l'étude qui permet d'en faire une préparation à la vie spirituelle. Or le désir, orienté vers Dieu, est la seule force capable de faire mon­ter l'âme. Ou plutôt c'est Dieu seul (lui vient saisir l'âme et la lève, mais le désir seul oblige Dieu à descendre. Il ne vient qu'à ceux qui lui demandent de venir; et ceux qui demandent souvent, longtemps, ardemment, il ne peut pas s'empêcher de descendre vers eux.

L'attention est un effort, le plus grand des efforts peut-être mais c 'est un effort négatif. Par lui-même il ne comporte pas la fatigue Quand la fatigue se fait sentir, l'attention n 'est presque plus possible, à moins qu'on soit déjà bien exercé; il vaut mieux s'abandonner, chercher une détente, puis un peu plus tard recommen­cer, se déprendre et se reprendre comme on inspire et expire.

Vingt minutes d'attention intense et sans fatigue va­lent infiniment mieux que trois heures de cette applica­tion aux sourcils froncés qui fait dire, avec le sentiment du devoir accompli : « J'ai bien travaillé. »

Mais, malgré l'apparence, c 'est aussi beaucoup plus difficile. Il y a quelque chose dans notre âme qui répu­gne à la véritable attention beaucoup plus violemment que la chair ne répugne à la fatigue. Ce quelque chose est beaucoup plus proche du mal que la chair. C'est pour­quoi, toutes les fois qu'on fait vraiment attention, on dé­truit du mal en soi. Si on fait attention avec cette inten­tion, un quart d'heure d'attention vaut beaucoup de bonnes oeuvres.

L'attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l'objet, à maintenir en soi-même à proximité de la pensée, mais à un niveau infé­rieur et sans contact avec elle, les diverses connaissances acquises qu'on est forcé d'utiliser. La pensée doit être, à toutes les pensées particulières et déjà formées comme un homme sur une montagne qui, regardant devant lui, aperçoit en même temps sous lui, mais sans les regarder, beaucoup de forêts et de plaines. Et surtout la pensée doit être vide, en attente, ne rien chercher, mais être prête à recevoir dans sa vérité nue l’objet qui va y pénétrer.

Tous les contresens dans les versions, toutes les absur­dités dans la solution des problèmes de géométrie, toutes les gaucheries de style et toutes les défectuosités de l'en­chaînement des idées dans les devoirs de français, tout cela vient de ce que la pensée s'est précipitée hâtivement sur quelque chose et étant ainsi prématurément remplie, n'a plus été disponible pour la vérité. La cause est tou­jours qu'on a voulu être actif; on a voulu chercher. On peut vérifier cela à chaque fois, pour chaque faute, Si l'on remonte à la racine. Il n'y a pas de meilleur exercice que cette vérification. Car cette vérité est de celles auxquelles on ne peut croire qu'en les éprouvant cent et mille fois. Il en est ainsi de toutes les vérités essentielles.

Les biens les plus précieux ne doivent pas être cher­chés, mais attendus. Car l'homme ne peut pas les trouver par ses propres forces, et s'il se met à leur recherche, il trouvera à la place des faux biens dont il ne saura pas discerner la fausseté.

La solution d'un problème de géométrie n 'est pas en elle-même un bien précieux, mais la même loi s'applique aussi à elle, car elle est l'image d'un bien précieux. Etant un petit fragment de vérité particulière, elle est une image pure de la Vérité unique, éternelle et vivante, cette Vérité qui a dit un jour d'une voix humaine : « Je suis la Vérité ».

Pensé ainsi, tout exercice scolaire ressemble à un sa­crement.

Il y a pour chaque exercice scolaire une manière spécifique d'attendre la vérité avec désir et sans se permettre de la chercher. Une manière de faire attention aux données d 'un problème de géométrie sans en chercher la solution, aux mots d'un texte latin ou grec sans en cher­cher le sens, d'attendre, quand on écrit, que le mot juste vienne de lui-même se placer sous la plume en repoussant seulement les mots insuffisants.

Le premier devoir envers les écoliers et les étudiants est de leur faire connaître cette méthode, non pas seule­ment en général, mais dans la forme particulière qui se rapporte à chaque exercice. C 'est le devoir, non seulement de leurs professeurs, mais aussi de leurs guides spi­rituels. Et ceux-ci doivent en plus mettre en pleine lu­mière, dans une lumière éclatante, l'analogie entre l'at­titude de l'intelligence dans chacun de ces exercices et la situation de l'âme qui, la lampe bien garnie d'huile, attend son époux avec confiance et désir. Que chaque adolescent aimant, pendant qu'il fait une version latine, souhaite devenir par cette version un peu plus proche de l'instant où il sera vraiment cet esclave qui, pendant que son maître est à une fête, veille et écoute près de la porte pour ouvrir dès qu'on frappe. Le maître alors ins­talle l'esclave à table et lui sert lui-même à manger.

C 'est seulement cette attente, cette attention qui peu­vent obliger le maître à un tel excès de tendresse. Quand l'esclave s'est épuisé de fatigue aux champs, le maître à son retour, lui dit Prépare mon repas et sers-moi. Et il le traite d'esclave inutile qui fait seulement ce qui lui est commandé. Certes il faut faire dans le domaine de l'action tout ce qui est commandé, au prix de n'im­porte quel degré d'effort, de fatigue et de souffrance, car celui qui désobéit n 'aime pas. Mais après cela on n 'est qu'un esclave inutile. C 'est une condition de l'amour, mais elle ne suffit pas. Ce qui force le maître à se faire l'esclave de son esclave, à l'aimer, ce n'est rien de tout cela; c 'est encore moins une recherche que l'esclave aurait la témérité d'entreprendre de sa propre initiative;c’est uniquement la veille, l'attente et l'attention.

Heureux donc ceux qui passent leur adolescence et leur jeunesse seulement à former ce pouvoir d'attention. Sans doute ils ne sont pas plus proches du bien que leurs frères qui travaillent dans les champs et les usines. Ils sont proches autrement. Les paysans, les ouvriers possèdent cette proximité de Dieu, d'une saveur incom­parable, qui agit au fond de la pauvreté, de l'absence de considération sociale, et des souffrances longues et len­tes. Mais Si on considère les occupations en elles-mêmes, les études sont plus proches de Dieu, à cause de cette attention qui en est l'âme. Celui qui traverse les années d'études sans développer en soi cette attention a perdu un grand trésor.

Ce n'est pas seulement l'amour de Dieu qui a pour substance l'attention. L'amour du prochain, dont nous savons que c'est le même amour. est fait de la même sub­stance. Les malheureux n'ont pas besoin d'autre chose en ce monde que d'hommes capables de faire attention à eux. La capacité de faire attention à un malheureux est chose très rare, très difficile; c'est presque un miracle; c'est un miracle. Presque tous ceux qui croient avoir cette capacité ne l'ont pas. La chaleur, l'élan du coeur, la pitié n'y suffisent pas.

Dans la première légende du Graal, il est dit que le Graal, pierre miraculeuse qui par la vertu de l'hostie consacrée rassasie toute faim, appartient à quiconque dira le premier au gardien de la pierre, roi aux trois quarts paralysé par la plus douloureuse blessure « Quel est ton tourment?

La plénitude de l'amour du prochain, c 'est simplement d'être capable de lui demander « Quel est ton tour­ment? » C 'est savoir que le malheureux existe, non pas comme unité dans une collection, non pas comme un exemplaire de la catégorie sociale étiqueté « malheu­reux », mais en tant qu'homme, exactement semblable à nous, qui a été un jour frappé d'une marque inimitable par le malheur. Pour cela il est suffisant, mais indispen­sable, de savoir poser sur lui un certain regard.

Ce regard est d'abord un regard attentif, où l'âme se vide de tout contenu propre pour recevoir en elle-même l'être qu'elle regarde tel qu'il est, dans toute sa vérité. Seul en est capable celui qui est capable d'attention.

Ainsi il est vrai, quoique paradoxal, qu'une version latine, un problème de géométrie, même si on les a manqués, pourvu seulement qu'on leur ait accordé l'espèce d'effort qui convient, peuvent rendre mieux capable un jour, plus tard, Si l'occasion s'en présente, de porter à un malheureux, à l'instant de sa suprême détresse, exac­tement le secours susceptible de le sauver.

Pour un adolescent capable de saisir cette vérité, et assez généreux pour désirer ce fruit de préférence à tout autre, les études auraient la plénitude de leur efficacité spirituelle en dehors même de toute croyance religieuse.

Les études scolaires sont un de ces champs qui enferme une perle pour laquelle cela vaut la peine de vendre tous ses biens, sans rien garder à soi, afin de pouvoir l'acheter.