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lundi 15 avril 2019

C’est trop peu ! et pourtant…


En écho aux lectures de ce dimanche des Rameaux, m’est venu ce chant de la comédie musicale Jésus (Obispo)



Qui est ce Nazaréen
Qui fait des pieds et des mains
Au nom d’un Dieu qui est le tien ?
Et cette rumeur quelle est-elle ?
Qu’elle ne vienne pas donner des ailes
A ton bon peuple, à tes fidèles !

Que comptes-tu faire de la clameur
Qui pointe du doigt « l’oppresseur » ?
Épargne-moi cet imposteur !
Parc’que ton Dieu, Caïphe
Ton Dieu, c’est bien lui le fautif !
Son pouvoir est inoffensif !

Contre Saturne et Jupiter
Contre Vulcain, dur comme le fer

Mercure et Mars, Dieu de la guerre !
Alors dis-moi, Grand Prêtre
Ton Dieu comprend-il sa défaite ?

Devant la beauté de Vénus
L’ivresse éternelle de Bacchus
Ou sous les flèches de Phébus !
Un seul Dieu, es-tu sérieux ?
Cela me paraît prétentieux !

Quant à ce Nazaréen
Tant que la Judée m’appartient
Va et brise-lui les reins !
Je ne le veux pas dans mes murs
Je n'veux ici aucun murmure
Juste l'écho de mon armure.

Je te rappelle que tu es là
Parce que je veux bien de toi
Un conseil, ne me déçois pas !
Et puis ton Dieu, Caïphe
Moi je le trouve bien chétif
Et tellement peu compétitif !

Face à L’amour de Cupidon
Au grand royaume de Pluton
Ou la protection de Junon !
Et maintenant Grand Prêtre
Es-tu prêt à l’admettre ?
Par la faucille de Cérès
Par la noblesse de Diane chasseresse
Et par Minerve, sage déesse !
Un seul Dieu n’est pas sérieux
Et pour un seul homme, c’est trop peu !
(…)



Pourquoi ces hommes puissants à l’époque de Jésus ont-ils peur de cet homme 
Jésus de Nazareth ?

C’est par ce que son message,  le royaume de l’amour,  est subversif !
Dans ce royaume : « les premiers sont les derniers et les derniers sont les premiers »

Les puissants de cette époque ont peur de Jésus parce que c’est un homme libre.
Il est un homme libre parce qu’il a remis sa vie dans les mains de Dieu,  le maître de l’histoire.

Jésus fait parti de ces hommes qui ne mettent pas leur confiance dans les vanités de ce monde (les idoles que sont l’argent, le pouvoir, le sexe, les mondanités…  les bonheurs illusoires) mais qui mettent leur foi en Dieu SEUL qui jugera le monde. Ces hommes libres n'ont plus peur de la mort.  Ils peuvent donner leur vie librement par amour.
Il n’y a de véritable liberté que celle qui est orientée vers l’autre,  vers le bien commun.
L’image contient peut-être : 1 personne, debout, costume et mariageUne liberté, donnée par Dieu, qui est au service du plus petit et du plus vulnérable, une liberté dans l’amour.
Une liberté qui n’hésite pas à s’abaisser (cf. hymne aux Philippiens 2) à l’image du pape François qui à 82 ans s’est abaissé et a embrassé les pieds des dirigeants sud-Soudanais pour leur implorer la PAIX, ces jours-ci.



Voilà la bonne nouvelle.  Ce qu’il y a de fou et de faible dans le monde, ce qu’il y a d’insignifiant dans ce monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les puissants qui mise de la force pour assurer leur pouvoir.
Certains diront : c’est trop peu !

Un seul Dieu n’est pas sérieux
Pour un seul homme, fût-il son fils,
C’est trop peu…
Un seul Dieu contre mes Dieux
Pour un seul homme, fût-il son fils,
Son fils … C’est trop peu

Et pourtant ! Notre Dieu est l’unique Seigneur de ce monde ! une Seigneurie qui n’est autre que sa souveraine liberté dans l’Amour qui se manifeste dans l’obéissance de Jésus à son Père (jusqu’au sacrifice de sa vie) et dans l’offrande qu’il fait de sa vie pour nous. C’est cette solidarité amoureuse qui nous sauve.
Il n’y a pas d’idoles ou d’idéologies qui tiennent devant la puissance libératrice de l’amour miséricordieux de Dieu envers nous.

C’est ce que va révéler une nouvelle fois la grande liturgie du Triduum Pascal
Après le dernier repas (Jeudi) et la passion du Seigneur mort sur la croix (Vendredi) nous nous retrouverons dans la nuit de Pâques au cours de laquelle nous exulterons à cause de la victoire de notre Dieu sur les puissances mortifères et sur la mort 
car Dieu a ressuscité Jésus le crucifié.
Il n’est plus ici dans le tombeau
il est ressuscité. Alléluia !

homélie prononcée par Jean-Emmanuel Garreau, église Saint Paul du Sanitas, dimanche des Rameaux 2019.

lundi 18 mars 2019

Pourquoi je reste fidèle à l’Église ?


Le Mystère d’une Église de pécheurs pardonnés

En redescendant de la montagne la semaine passée, quel n’a pas été mon étonnement en découvrant l’accumulation de scandales touchant l’Église catholique ce dernier mois. J’ai été personnellement très blessé et meurtri. Humainement parlant, je ne sais pas comment on peut pardonner de tels actes d’abus sexuels, encore plus quand cela est commis par des hommes consacrés et des pasteurs. Mes pensées se tournent vers toutes les victimes de ces maux. Outre ces abus, j’ai lu aussi la recension du livre Sodoma,  qui parle de réseaux homosexuels au sein de la curie romaine. Tout en étant prudent sur la véracité des hypothèses avancées par Frédéric Martel, on comprend mieux les réactions de Benoît XVI et de François parlant de maladie spirituelle touchant la Curie.
Ce qui m’a un peu rassuré en écoutant Saint Paul (2ème lecture),  c’est de se rendre compte qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil et dans l’Église. Dès le départ, des membres de l’Église ont succombé à la tentation du pouvoir, de la convoitise et de l’avarice. Saint Paul en pleure de dégoût :
Maintenant je le redis en pleurant :
beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ.
    Ils vont à leur perte.
Leur dieu, c’est leur ventre,
et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ;
ils ne pensent qu’aux choses de la terre.
(Phi 3, 17)

Malgré tous ces scandales, comme membre du clergé, je reste fidèle à l’Église catholique. Si j’appartenais à une entreprise ou une association quelconque, probablement que je l’aurais quitté.

Alors pourquoi je reste fidèle et solidaire de notre Église ?

Parce que l’Église à laquelle nous appartenons est une Église de pêcheurs pardonnés. Le cardinal Kasper, dans son livre l’Église catholique (2012) parle de l’Église, « noire, mais belle ». Elle est belle parce qu’elle a la capacité de sans cesse se réformer et se renouveler. Pourquoi ? Parce qu’elle est fondée sur le mystère de la miséricorde.
Je suis moi-même pêcheur. Qui serais-je pour lancer la première pierre ? (Jn 8) ma vocation je la dois à cette grâce de miséricorde infinie et inconditionnelle du Seigneur à mon égard. J’ai vécu bien des épreuves dans ma vie et comme Pierre je peux dire aussi « éloigne toi de moi Seigneur car je suis un homme pécheur » (Jn 5). Mais j’ai entendu aussi la parole du Christ qui me disait « Sois sans crainte tu seras pêcheur d’hommes désormais » et j’ai entendu la voix du Ressuscité me redonner sa confiance en me posant la question :  « m’aimes tu ? » / « Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ».  Il me répond : « Pais mes brebis ». (Jn 21)
Je me suis souvent posé la question, comme Pierre (Jn 21, 20) mais « pourquoi Jésus n’as-tu pas choisi comme chef de l'Église, Jean, ton disciple bien-aimé, celui qui a été fidèle jusqu’au bout à la Croix, celui qui a tout de suite compris que tu étais ressuscité en entrant dans le tombeau vide ? »
Mais non, Jésus a choisi Pierre et « sur cette pierre je bâtirai mon Église » précisément parce que Pierre est un « pêcheur pardonné ». Le mystère de l’Église est fondé sur ce mystère de la divine miséricorde. L’Église n’est pas une Église de purs mais une Église d’hommes et de femmes qui se reconnaissent pêcheurs pardonnés. Elle est un peuple de Sauvés par sa seule grâce. Jésus, en son temps, avait déjà dénoncé le pharisianisme. Et chaque fois que l’Église a eu la tentation d’être une Église de purs, elle a sombré dans l’hérésie (comme l’hérésie cathare au Moyen Âge). Au contraire, chaque fois qu’elle a été une Église de la miséricorde annonçant et vivant le pardon, elle est l’Église du Christ (cf. histoire de Desmond Tutu dans Forgiven).


Au cœur de nos épreuves il ne faut nous rappeler les paroles de Saint Paul : « il ne faut passer par bien des épreuves avant d’entrer dans le royaume de Dieu » (Ac 14, 22). Le disciple n’est pas au-dessus de son maître ; lui aussi doit traverser l’épreuve de la Croix. Dans l’Évangile de la transfiguration, Jésus parle avec Moïse et Élie de son départ vers Jérusalem c’est-à-dire sa montée au calvaire et sa mort sur la croix. Ces disciples vivront de plein fouet cette descente aux abîmes de leur ami Jésus, impuissants. Pour affronter cela Jésus donne un signe éclatant : il est transfiguré devant eux. C’est le signe annonciateur de sa Résurrection. Il n’y a pas de carême sans Pâques.
Dans la vie nous pouvons affronter les obscurités, les croix et le mal seulement si nous avons déjà goûté les joies du ciel,  seulement si nous savons que nous sommes « citoyens des Cieux » (Phi 3),  seulement si nous sommes saisis par la miséricorde divine.
Pour cela il nous faut monter sur la montagne chaque dimanche, rejoindre le Seigneur sur la petite hauteur qu'est l’autel. C’est là que le Seigneur se donne à voir dans l’Eucharistie. Là, nous sommes témoins du sacrifice de sa vie pour nous, là où nous assistons à sa transfiguration/résurrection, si nous savons le reconnaître dans la fraction du pain et alors que nos cœurs sont tout brulant lorsqu’il nous parlait en chemin (Lc 24).
A partir de l’homélie prononcée par P. Jean-Emmanuel à l’église Saint Paul du Sanitas (Tours) le 17 mars 2019

samedi 29 avril 2017

Si j' te disais c' que j' vois v'nir...

En ces jours sombres pour la France, l’Europe et le monde, je crois que cette chanson de Louis Chedid est de circonstance. 

"Anne, ma sœur Anne,
Si j' te disais c' que j' vois v'nir,
Anne, ma sœur Anne,
J'arrive pas à y croire, c'est comme un cauchemar..."

Ce qui nous attend demain, est-ce le pire ?
Probablement, car ni le populisme xénophobe, ni l’ultralibéralisme financier ne pourront sauver la situation. Leurs promesses sonnent faux, chacun s’en rend bien compte et c’est ce qui explique notre malaise. 


Le pire du pire reste, malgré tout, l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite (c'est un scénario possible). Même si la mémoire des terribles tragédies du XXè siècle s’estompe chez les plus jeunes générations, choisir les extrêmes conduit toujours aux pires cauchemards. Pour tous ceux qui n’en sont pas convaincus, je vous invite à regarder le film « Le fils de Saul » (grand prix au festival de Cannes et Oscar en 2015/ attention les images de ce film sont choquantes).
   
Au départ, voter FN est un choix par dépit ou un vote sanction vis-à-vis des précédents partis au pouvoir. « On va essayer pour voir ! » comme on entend ci et là. Ensuite les engrenages du totalitarisme se mettent en action, telle une roue qui devient incontrôlable. L’illusion apparait au grand jour quand s’évanouissent les brouillards de la démagogie et de la séduction pré-électorale. On peut relire ou écouter cette courte nouvelle « Matin brun » de Franck Pavloff pour s’en convaincre.

Nous entendons autour de nous des personnes animées par des sentiments d’humiliation ou d’insécurité. Il nous faut entendre ce cri de ceux qui souffrent du mépris ou de manque de respect dans leur dignité. L’histoire nous montre que c’est toujours l’instrumentalisation de ces sentiments qui conduit à la violence. La voie des extrêmes ne fait qu’amplifier ces violences jusqu’à l’abîme et le chaos.

On ne peut voter FN sans en mesurer les conséquences funèbres. Pour ceux qui auraient l’intention de voter FN, posez-vous la question : voulez-vous réellement faire réussir le projet politique de ce parti ? Voter FN, c’est toujours une défaite, qui est la conséquence non pas tant d’une adhésion que d’un défaitisme. 

Etre chrétien c’est être témoin de l’espérance en combattant ce défaitisme. Notre Seigneur Jésus n’a jamais dit que le suivre était facile et que cela nous garantissait la sécurité et le bien-être. La vie des bienheureux martyrs chrétiens exprime cela. 
Il est temps que des nouveaux saints se lèvent, c’est la seule voie pour permettre à Dieu de retourner la situation.

Je persiste à dire que la seule véritable alternative : c’est nous et personne d'autres, avec la grâce de Dieu ! 
"Là où nous sommes" nous pouvons allumer des étincelles de vie dans les nuits sombres, ouvrir des "oasis de miséricorde" pour reprendre une expression du pape François. C'est le seul chemin pour faire naître ensemble un monde nouveau.

L’autre voie/voix, celle du l’ultralibéralisme financier (le programme d’Emmanuel Macron) et sa foi dans le progrès technico-scientifique sans éthique n'est pas sans entrer en contradiction avec l’Evangile. Malgré tout, je partage personnellement la position du CERAS"nos réticences devant l’un et l’autre des candidats ne sont pas de même poids : la méditation de l’Évangile et l’attention à l'enseignement de l’Église nous interdisent de soutenir le Front National par notre vote, ni même par l’abstention." 

Ensuite après cette élection "sans adhésion", nous n’avons plus de temps à perdre pour changer, nous convertir à l’Evangile. Et comme nous y invite le livre de l’Apocalypse dans la Bible, il nous faut  entrer en résistance, en ces temps difficiles : ne pas laisser d’autres écrire l’histoire à notre place en restant sur notre canapé (cf. Pape François aux JMJ 2016). Beaucoup s’engagent déjà : bien des initiatives citoyennes existent, des milliers de petits foyers qui changent le monde comme l’a montré le film documentaire « Demain ». Les associations comme Coexister transforment la différence de l’autre croyant en occasion de lien. cf. Appel des Solidarités. Web Série Laudato Si, Festival du Cinéma des Alternatives etc...



Comme l’écrit Elena Lasida « les nuits sont enceintes » : « c’est dans l’obscurité que la semence prend forme. Aucune garantie, juste la confiance que cette nuit renferme un nouveau possible. » À nous de faire accoucher cette nouvelle civilisation de l’amour, cette culture de la miséricorde, sûr que notre Dieu « Maitre de l’histoire » est avec nous dans cette nouvelle Pâque, et qu’il nous précède déjà.
Jean-Emmanuel Garreau

pour aller plus loin : 
revue Projet d'octobre 2015 : "Extrême droite : écouter, comprendre, agir" 
post Facebook du philosophe Emmanuel Tourpe  : Ni FN, ni FN.
post de Mgr Emmanuel Lafon relayant l'appel du CERAS 
article du Père Laurent Stalla-Bourdillon : Entre deux tours

dimanche 12 mars 2017

Visionnaires et acteurs du projet de Dieu

Abraham, Paul, Jésus.
Tout trois sont porteurs d’une vision d’Avenir, une promesse.

Abraham, en regardant le ciel étoilé depuis Haran, entend la voix de Dieu : « Va vers le pays que je te montrerai… Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, tu deviendras une bénédiction ».


Paul écrit à Timothée son fils spirituel et lui parle du dessein bienveillant de Dieu pour l’humanité : « Dieu nous a donné une vocation sainte, 
non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce ».
Paul voit le projet de Dieu pour le monde, projet de la Grâce qui s’est manifesté en Jésus.

Jésus transfiguré sur la montagne est lui-même cette vision d’Avenir. Au-delà de la mort, la Résurrection est manifestation de la Gloire qui nous est promise : Promesse d’être illuminé par Dieu. Promesse d’entrer dans la Communion du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.
Les disciples qui sont témoins de la Transfiguration de Jésus goûte à cette joie du Ciel, cette joie d’entrer dans la présence de Dieu. Les mots leur manquent pour exprimer ce qu’ils ont vu : la lumière, la nuée … cette joie et cette paix qui descendent sur eux, qui débordent de leur cœur – cet état de Béatitude fait dire à Pierre « Dressons trois tentes », « c’est tellement c’est bon d’être là ! » on voudrait y rester toujours.

Abraham, Paul, Jésus et maintenant les disciples sont porteurs d’une vision qui oriente leur marche. Cette promesse de la Béatitude leur ont permis d’affronter les difficultés du chemin, les épreuves, les souffrances. Saint Paul le dit à Timothée : tout orienté vers ce projet bienveillant de Dieu « prend ta part de souffrance pour annoncer l’Evangile ».

La question qui se pose à nous c’est : comment sommes-nous porteurs de ce projet de Dieu, de sa vision pour le monde ? comment reconnaître sa volonté et devenir nous-mêmes acteurs du plan de Dieu en répondant à son appel ?

L’Evangile est clair : la voix de Dieu nous met sur la voie : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve toute ma joie : ECOUTEZ LE ! »

« Ecoutez le » : prenons nous le temps de prier et de lire les Ecritures chaque Jour ? Comme le disait le pape la semaine dernière : « si nous prenions soin de notre Bible comme nous prenons soin de notre téléphone portable ! » Regardons objectivement combien nous passons de temps à écouter les multiples médias et notre téléphone en comparaison avec le temps que nous consacrons à écouter le Seigneur ! 
Certains me disent : « moi Dieu il ne me parle pas… existe-t-il vraiment ? »
Mais si nous n’ouvrons jamais la Bible, nous nous privons d’une des principales voies de communication avec lui. C’est comme si vous attendiez un message ou un coup de fil de quelqu’un et que vous laissiez votre téléphone éteint ! 

Prier en méditant les Ecritures, c’est se familiariser jour après jour à sa PAROLE ; c’est progressivement discerner le projet de Dieu pour le monde, pour l'Eglise et pour moi. C’est envisager le monde selon le scénario de Dieu - c'est-à-dire « un avenir de paix et une Espérance » (Jr 29,11). Un projet qui vient contredire les scénarios de ceux qui veulent imposer leur propre scénario à nos esprit : soit une vision de terreur (terroristes), soit une vision d'un monde sans Dieu. Visions d'un monde qui se désespère de lui-même lorsqu’il cherche à se sauver lui-même...

Choisir de m'arrêter pour prier chaque jour c’est « Quitter » comme Abraham, c’est "prendre de la hauteur" comme Jésus, vis-à-vis de mes soucis quotidiens, des événements de ma vie et du monde… pour entrer dans la VISION de DIEU : voir le monde avec SES yeux ? découvrir ce à quoi il m’appelle pour être ACTEUR du PLAN de DIEU ! 

Je pense à Sainte Jeanne d’Arc. Porteuse de cette vision transmise par Saint Michel, Sainte Catherine et Sainte Marguerite, elle a renversé une situation jugée sans espoir pour la France selon les yeux humains. Jeanne voyait clair, elle voyait avec les yeux de Dieu. Animée de sa foi de son courage, elle réécrit l’histoire avec un scénario inédit et inimaginable. Animée de cette vision, elle a affronté les épreuves jusqu’à la mort. Elle est devenue actrice du plan de Dieu qui, grâce à elle, a ouvert un nouvel avenir pour notre pays. Et nous pourrions parler de la même manière des petits voyants de L'Ile-Bouchard en 1947.

Voilà ce à quoi nous sommes appelés en participant à son « projet ». Et un chrétien qui n’a pas cette vision, qui n’est pas animé par cette Espérance et cette confiance en Dieu seul, est une proie facile pour notre Ennemi, le Malin.

Voilà pourquoi, chaque dimanche, nous nous réunissons en Eglise : nous écoutons la Parole de Dieu, l’Evangile et nous nous approchons de l’autel où le Seigneur nous dévoile sa Gloire divine de manière cachée dans le pain et le vin, signes de sa présence au milieu de nous : anticipation de la Gloire qu’Il nous réserve ; communion à laquelle nous pouvons d’ores et déjà participer. 
Ah si seulement nous étions en mesure de prendre conscience de la GRANDEUR de ce Mystère !
Nous serions comme les disciples au mont Thabor !

Seigneur nous allons maintenant célébrer l’Eucharistie. 
Au milieu de toutes les questions qui se posent à nous sur le sens de nos souffrances, sur le sens du monde qui nous paraît souvent obscur et confus, Viens te révéler à nous dans ta grande lumière comme pour tes apôtres. Qu’illuminés par ta Vision, nous comprenions et devenions les acteurs du « projet de Dieu ».    Amen
P. Jean-Emmanuel, d’après l’homélie du 2ème dimanche de Carême en l’église Saint Martin de Ligueil.




lundi 22 août 2016

En quête de la couronne de Gloire qui ne se fane pas...

        « Seigneur, n’y a t-il que peu de gens qui soient  sauvés ? »
Voici la question posée à Jésus dans l’Évangile (Lc 13,22-30).
A l’heure où se termine les Jeux Olympiques de Rio, j’aimerai éclairer cette question du Salut avec la métaphore du sport en citant Saint Paul (1 Co 9, 24-27). Paul parle en effet du salut comme d’un prix à remporter :
Vous savez bien que, dans le stade, tous les coureurs participent à la course, mais un seul reçoit le prix. Alors, vous, courez de manière à l’emporter.
Tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère ; ils le font pour recevoir une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas.
Moi, si je cours, ce n’est pas sans fixer le but ; si je fais de la lutte, ce n’est pas en frappant dans le vide.
Mais je traite durement mon corps, j’en fais mon esclave, pour éviter qu’après avoir proclamé l’Évangile à d’autres, je sois moi-même disqualifié.

Le but de notre vie
Cette « couronne qui ne se fane pas », ce prix à remporter n’est-ce pas être sauvé, sanctifié, justifié? mais qui peut-être sauvé ? La réponse de Jésus est déroutante au premier abord: « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite car… beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas ». D’une autre manière Saint Paul semble aboutir à la même conclusion : il faut bien des efforts pour PEU d’élus à la fin !

Retournement de l’Evangile
Mais il faut aller plus loin car la dernière phrase du passage d’Evangile indique que doit s’opérer en nous un changement de perspective : « Oui il y a des derniers qui seront premiers, et de premiers qui seront derniers »

A y regarder de plus près, Jésus présente deux manières d’envisager le Salut, cette « entrée dans le Royaume de Dieu » :
  1. La première consiste à vouloir se sauver par soi-même en cherchant à gravir l’une après l’autre les marches de la perfection pour se hisser à la première place. Mais Jésus nous prévient ce chemin est ardu, étroit… c’est beaucoup d’efforts pour peu d’élus. C’est aussi le danger de tomber dans cette hérésie qu’est le pélagianisme qui a trouvé en occident une nouvelle forme dans l’idéologie du progrès des temps modernes.
  2. La seconde voie est de mettre notre confiance en Dieu qui seul peut nous sauver ; et cela à l’exemple de nos Pères dans la foi : Abraham, Isaac et Jacob et aussi les prophètes. « Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume  de Dieu. »…
Que faut-il comprendre de la réponse paradoxale de Jésus ?
Jésus est catégorique : ce n’est pas nous qui pouvons nous sauver nous-mêmes même avec toute notre bonne volonté, nos efforts, nos mérites… la pratique des vertus, nos efforts pour essayer de faire le bien, être charitable… pour évangéliser… pour prier, venir à la messe…
Pour le dire autrement ce ne sont pas nos ŒUVRES que nous peuvent nous sauver ; mais SEUL DIEU nous sauve !
Comprenons bien : le but de notre vie, ce à quoi Dieu nous appelle c’est la vie de Sainteté – « la sanctification » – c’est-à-dire : vivre dans la communion avec Dieu et les hommes (c’est la vision du prophète Isaïe 66). Mais la sainteté ce n’est pas gravir les escaliers de la perfection… la sainteté n’est pas un accomplissement de soi par ses propres mérites ; mais la « sainteté est d’abord un vide que l’on accepte et que Dieu vient remplir dans la mesure où l’on s’ouvre à la plénitude » (Eloi Leclerc) 
Car aux yeux de Dieu PERSONNE n’est JUSTE : « éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice ». Mais le vrai nom de Dieu c’est qu’il est le MISERICORDIEUX !
            Les deux plus grands athlètes de tous les temps des Jeux Olympique ont bien découvert cette miséricorde de Dieu – Ce Dieu qui vient nous chercher dans notre misère parce qu’Il est BON, Tendre et rempli de compassion.  

Michael Phelps, interviewé raconte que ni les médias ni les médailles n’ont réussi à combler son vide intérieur et à le détourner de ses pensées suicidaires. Grâce à des amis, il a retrouvé le chemin vers Dieu. Et avec la grâce de Dieu, Phelps a été sauvé du gouffre et ramené à la vie. Son succès l’emmène encore sur les podiums, et les médias continuent de le vénérer comme un dieu, mais cette fois-ci Phelps sait qui il est et ce qu’il vaut. Il comprend que les médailles d’or, quel que soit leur nombre, n’ont pas le pouvoir de le sauver. Et il déclare « tout cet or ne peut briller sans Dieu »

 UsainBolt : Il est catholique et très croyant… Il n’en parle pas beaucoup, mais autour du cou, il porte une médaille plus puissante que toutes ses médailles d’or : la médaille miraculeuse. Grâce au champion jamaïcain, Marie est devenue la figure la plus priée parmi les coureurs. Dernièrement il a tweeté ce message : « Tout est possible avec Dieu… Je vais tout donner à l’entraînement aujourd’hui #thankuGod

Seigneur, nous te rendons grâce pour ta miséricorde… tu es si bon pour nous ! Notre désir Seigneur est de remporter ce prix, cette couronne de Gloire dont tu remets à tes saints. Toi seul est le Très Haut… nous nous en remettons humblement à toi.   Amen

P. Jean-Emmanuel, église Saint Martin de Ligueil, d’après la prédication du 21 août 2016.