Pages

samedi 14 décembre 2013

Les élections municipales: une chance pour le bien commun...

Les 23 et 30 mars 2014, auront lieu les élections municipales. Dans une déclaration rendue publique ce 11 décembre, le Conseil permanent de la Conférence des Évêques de France encourage les candidatures. Voici l'intégralité de cette déclaration. 

Conférences des évêques de France
Au nom des évêques de France, nous tenons à rendre hommage aux hommes et aux femmes impliqués dans la vie municipale. Ces élus de la proximité humaine et géographique, très attachés à leurs communes, quelles que soient leurs dimensions, sont parfois engagés depuis de longues années. 

Ils savent que, pour chacun d'entre nous, être enraciné en un lieu est une dimension essentielle de la vie personnelle et sociale. Beaucoup ont à coeur d'accueillir au mieux les nouveaux habitants.

Et quand le chômage ou la précarité touchent nos concitoyens, une vie locale harmonieuse favorise la dignité et la recherche d'emploi. Dans les cas de grande solitude, en particulier, la commune est souvent ce premier garant du lien social, avec les services aux personnes âgées, aux personnes fragiles ou en situation de handicap, en développant la vie associative, sportive et culturelle.

Une parole forte d'encouragement

C'est pourquoi nous souhaitons encourager fortement toutes les personnes qui projettent en 2014 de donner quelques années au service du bien commun. Qu'elles travaillent à l'échelle de la commune, de la communauté de communes ou d'agglomération, qu'elles représentent la dimension locale dans les diverses structures de la vie départementale ou régionale, toutes seront invitées à participer à leur façon, à la construction d'une société fraternelle.

Pour les catholiques, en particulier, cette dimension fraternelle comporte un sens très profond. Elle enracine l'engagement pour le bien commun au coeur même de la source de leur foi. Comme le dit le pape François dans sa récente Exhortation apostolique Evangelii Gaudium (§ 179), « la Parole de Dieu enseigne que, dans le frère, on trouve le prolongement permanent de l'Incarnation pour chacun de nous : 'Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait' (Mt 25, 40). Tout ce que nous faisons pour les autres a une dimension transcendante ».

Nous saluons l'implication des élus

En tant qu'évêques, par notre ministère, nous observons la richesse de la vie locale, particulièrement lors de nos visites pastorales. Les associations, les municipalités et les paroisses, sont souvent, notamment dans les petites communes rurales qui constituent l'immense majorité du tissu communal, les seuls lieux de lien social.

Nous savons, bien sûr, les difficultés auxquelles les élus doivent faire face. La crise économique, longue et coûteuse en emplois, en fermetures d'entreprises, la recherche des subventions et des dotations rendent difficiles les projets et les investissements municipaux. Les communes elles-mêmes sont touchées. L'intercommunalité est un degré qui, en période de crise, doit permettre une mutualisation équitable et réfléchie.

Mais nous savons l'énergie avec laquelle les responsables de l'action sociale mettent en oeuvre des initiatives nouvelles. Nous savons aussi leur volonté de servir la communauté territoriale tout entière. Nous savons encore l'attachement des maires à « leurs » églises, part essentielle du patrimoine communal, dont ils sont souvent les premiers à initier des restaurations. Pour tout cela, et bien d'autres actions des domaines si variés du développement local, nous saluons leur implication et condamnons les discours populistes répandant la suspicion contre toute représentation politique.

Face à l'individualisme, des hommes et des femmes soucieux de tous

La tendance à l'individualisme, à la perte du sens du bien commun et au rejet de l'autre, quand il est différent ou quand il vient d'ailleurs, nous inquiète. Souvent la peur puis la violence en sont les conséquences. Parfois même, des personnes ont le sentiment qu'elles ne sont plus accueillies là où, il y a quelques années encore, elles avaient toute leur place. 

Nous encourageons les candidatures aux élections municipales de 2014 des hommes et des femmes soucieux de tous, notamment dans les nouvelles générations. 

Forts de leur humanité, de leur disponibilité, forts aussi, s'ils en sont habités, de leur foi au Christ, ils pourront faire du nouveau, en renversant les mentalités dans le sens de l'amour et de l'Évangile. 

Au service du bien commun, ils sauront allier aspirations individuelles, justice sociale, démocratie et paix. Notre pays en vaut la peine. Nous engageons à mettre en oeuvre, au niveau local, une vive attention à toutes formes de pauvretés et la conduite d'actions dynamiques et inventives pour le meilleur de la vie ensemble.

Que chaque citoyen, en allant voter, montre sa volonté de prendre sa part dans la recherche du bien commun.

Paris, le 11 décembre 2013

Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, Président
Mgr Pierre-Marie CARRÉ, Archevêque de Montpellier, Vice-président
Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis, Vice-président
Cardinal André VINGT-TROIS, Archevêque de Paris
Mgr Jean-Claude BOULANGER, Évêque de Bayeux et Lisieux
Mgr François FONLUPT, Évêque de Rodez et Vabres
Mgr Jean-Paul JAMES, Évêque de Nantes
Mgr Hubert HERBRETEAU, Évêque d'Agen
Mgr Stanislas LALANNE, Évêque de Pontoise

Mgr Benoît RIVIÈRE, Évêque d'Autun, Chalon et Mâcon

mardi 19 novembre 2013

Comment vivre la fin du monde ? (Lc 21, 5-19)

« La fin du monde », voilà une question qui ne cesse de nourrir nos imaginaires et pour preuve, il n’est pas une année sans que sortent au cinéma plusieurs blockbusters américains sur le sujet ! Vous avez le choix de la menace qui anéantira l’humanité : une météorite (Armaguedon), un changement climatique (Le jour d’Après, 2012), une épidémie qui vous transforme en mort-vivants (Word War Z…) etc. 
Mais le problème c’est que ces films qui mettent en scène la fin du monde nous cachent paradoxalement la vraie question que chacun doit se poser : « comment vivre la fin du monde ? »
Etant donné que nous vivons dans un monde fini, nous ne pouvons nier le fait que la fin du monde est une certitude… comme notre propre mort d’ailleurs. Face à « cette fin », notre curiosité – qui est la même que les disciples de l’Evangile – pose davantage la question du « QUAND ? » alors que la vraie question EXISTENTIELLE que nous devons nous poser, à la suite de Jésus, c’est « COMMENT ? »

  1. La première manière c’est de la vivre de manière pessimiste, fataliste… Allumez la TV, vous y voyez : haines, émeutes, médiocrités, mensonges qui, par leur travail quotidien, semblent rogner l’assise du monde… C’est alors que nous sommes touchés par cette maladie de l’ « Aquoibonite »… notre joie se rétracte comme l’huitre au contact du citron. Nous voici pris au piège ; le piège de se croire des dieux ; en effet parce qu’il voit la détresse du monde dans d’insensés détails, le téléspectateur a la sensation d’être omniscient. Mais puisqu’il se trouve à mille lieues du drame, dans son canapé de salon, cette omniscience est privée de son autre corrélat divin : la toute-puissance. Du coup, ce sentiment d’omniscience renforce un sentiment de toute-impuissance. La culpabilité s’en mêle et le moelleux des coussins devient un banc d’accusés dévoilant notre mollesse et notre médiocrité… d’où le fatalisme et le pessimisme ambiant qui nous conduit à déprimer des malheurs du monde et à sacrifier notre joie de VIVRE !
  2. La deuxième attitude  - mais qui est intimement liée à la première – est celle de la jouissance de l’instant présent. Dans ce cas, on cherche à oublier cette « fin » inquiétante en se divertissant (cf. Blaise Pascal). C’est un peu comme en 1940 à Lisbonne. Saint Exupéry dans « Lettre à un otage » dépeint cette atmosphère. En pleine 2nde guerre M., de riches européens ont émigrés dans la ville portuaire fuyant le théâtre des opérations militaires… en décembre 1940, on y « jouait au bonheur », en faisant la fête, en se divertissant…, mais cette fête avait un goût pathétique. St Exupéry écrit « ces émigrants ce n’est point d’argent qu’ils manquaient, mais de densité ». Avouez que beaucoup des fêtes bien alcoolisées (pour ne pas dire plus) de notre société aujourd’hui peuvent être bien triste et pathétique…
Voici donc 2 attitudes : le pessimisme et la jouissance immédiate ; 2 attitudes qui vivent la fin du monde en FUYANT toute responsabilité, en refusant de VIVRE ce qu’il y a à vivre : la fin du monde.

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus vient nous interpeller sur notre manière de vivre la fin du monde. Nous sommes au chapitre 21 de Luc, c’est-à-dire juste avant que Jésus entre dans sa Passion qui le conduira à sa propre fin. Face à l’éminence de sa propre mort, il veut préparer ses disciples à vivre la « fin du monde » que va inaugurer sa mort et sa résurrection.
Nulle trace dans les derniers propos de Jésus de ces deux attitudes que sont la résignation pessimiste ou le faux optimisme de la jouissance. Au contraire pour « vivre la fin du monde », Jésus invite à :
-          Prendre conscience et prendre acte que cette FIN du monde est arrivée et est déjà là c'est-à-dire ne pas la FUIR. … consentir à PERDRE jusqu’à sa propre vie A cause de Jésus)
-          S’engager ENSEMBLE dans le combat de la vie et de la foi sans PEUR. Car Il y a nécessairement un combat : résister, persévérer, c’est cela VIVRE ! la vraie vie avec toute sa densité ! Je suis sûr que le Père George Vandenbeusch qui vient d’être enlevé ne dit pas autre chose malgré l’épreuve qu’il vit avec ses amis, son diocèse…
Pourquoi ne pas s’effrayer et avoir peur ? parce que, dans la FIN, se cache aussi un nouveau commencement ! Jésus n’est pas un partisan de « l’extrémisme » - au sens où la fin du monde serait considérée comme  une « extrémité », un point final de l’histoire. Les derniers mots de Jésus sont « c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ». Cette vie promise c’est celle qui jaillit du tombeau vide. La promesse anticipée par la Résurrection de Jésus.

            Pour vivre cette fin du monde… vivons la ensemble sans peur ;  
"Redressez-vous, levez la tête car votre rédemption approche".
P. Jean-Emmanuel Garreau, d'après l'homélie prononcée à la cathédrale de Tours, le dimanche 17 novembre 2013
pour aller plus loin : Martin Steffens, vivre ensemble la fin du monde, Salvator, 2012

mercredi 12 juin 2013

"Retrouver le sens de l’amitié"

" Les discussions autour de l’homosexualité nous invitent aussi à retrouver la force et le sens de l’amitié et de la chasteté. Les amitiés fortes ont toujours existé et existent encore, que ce soit entre hommes, entre femmes ou entre homme et femme. Aujourd’hui, les amitiés chastes sont dévalorisées au bénéfice d’une sorte d’injonction médiatique du « tout et tout de suite ». Dans une société fortement érotisée, où la transgression est parfois présentée comme un acte de courage sans égard au sens commun de l’existence, l’amitié chaste passe pour impossible ou trompeuse. Ainsi est construit de toutes pièces un schéma culturel qui appauvrit en fait les relations interpersonnelles et tout lien d’amitié fort est soupçonné de prendre une tournure sexuelle. L’attrait physique ou même le désir sexuel peuvent exister dans une relation d’amitié, mais les personnes peuvent aussi choisir de ne pas y céder, justement pour préserver et cultiver un lien d’amitié qui est un bien en soi. 
L’amitié s’appuie sur une distance bienfaisante des corps. Elle n’est ni possessive ni exclusive. Elle se nourrit de la présence gratuite de l’autre, de la richesse de son être. Toutes les personnes hétérosexuelles n’arrivent pas à vivre une relation d’amitié chaste avec une personne de l’autre sexe. Toutes les personnes homosexuelles n’arrivent pas à vivre une relation d’amitié chaste avec une personne du même sexe. Mais le fait que tous n’y arrivent pas ne dévalorise pas cette expérience. Celles et ceux qui vivent un tel lien d’amitié témoignent volontiers de la richesse qu’il représente et de l’importance qu’il revêt dans leur vie. Les liens d’amitié aussi comportent une ouverture sur les autres et ont une véritable fécondité sociale. Les personnes célibataires, les personnes vivant dans le célibat consacré peuvent témoigner d’une fécondité d’un autre ordre que l’engendrement. De telles expériences humaines risquent d’être balayées par un certain libertarisme. Il y a donc urgence à travailler à l’éducation relationnelle, affective et sexuelle des jeunes. Les chrétiens sont appelés à témoigner que d’autres façons de vivre les relations humaines sont possibles."

Prendre du recul

Faut-il se réjouir ou faut-il s’inquiéter ? Voilà bien le dilemme d’un certain nombre de chrétiens depuis quelques mois. L’arrivée de la gauche au pouvoir en France alors que la crise traverse toutes les économies occidentales et l’option contestable d’un gouvernement de mettre  une loi sociétale comme priorité gouvernementale ont mis le feu aux poudres. La droite qui se divisait dans des querelles de personnes fait front commun autour d’une urgence de salut public : le devenir de la famille. Des catholiques se réveillent et retrouvent une espérance en se mobilisant et en occupant le pavé. La patrie est en danger et les slogans fusent sans toujours appeler la réflexion et le débat. Au risque de paraître complice d’une décadence annoncée, il me semble utile d’inviter des croyants authentiques à prendre du recul.

La famille est plébiscitée dans les enquêtes d’opinion ; y compris par ceux qui n’ont vécu que des situations douloureuses et des blessures. Mais la famille est devenue lentement à géométrie variable. Personne ne se réjouit des fractures, divorces et autres recompositions. Nous savons tous qu’à trop valoriser l’amour, nous fragilisons l’union conjugale. Lieu de reconnaissances mutuelles, la famille est aussi lieu de violence. Nous savons bien que parfois une façade de respectabilité cache un vécu de souffrances. L’évolution des mœurs depuis cinquante ans conduit à accepter d’accompagner dans la compréhension et l’amour des situations naguère inacceptables. Je pense même qu’il est de la mission des chrétiens de proposer des espaces de paroles pour celles et ceux qui sont ainsi affrontés à l’échec et à l’incompréhension.

L’évidente affirmation de la norme peut blesser profondément ceux qui avancent sur des chemins de traverse. L’Evangile nous montre un Christ infiniment respectueux de la différence, puisqu’il n’est pas venu pour les justes, mais pour les pêcheurs… Certaines attitudes peuvent faire penser à l’arrogance des pharisiens entourant la femme adultère de leur certitude (Jean 8). Notre société a légalisé la vente des pilules contraceptives, l’avortement, le diagnostic prénatal, la procréation médicalement assistée avec sperme de donneur, l’adoption par des célibataires….Elle légalise le mariage pour les personnes homosexuelles (après le PACS). Sans introduire la notion ambivalente de « progrès », il nous faut reconnaître que cette évolution des mœurs peut interroger nos repères moraux sans nous conduire à la révolte sociétale. Nous vivons dans un monde ou le légal n’est pas le moral et tous les croyants doivent en être persuadés. Notre mission, à tous, est d’aider les consciences à se former.

Plus largement, nous pouvons repérer des évolutions qui inquiètent. La démocratie est pleine de limites, que le pouvoir médiatique ne fait qu’accentuer. Nous risquons de douter de tous les élus (tous pourris !), nous risquons d’entendre les sirènes de ceux qui prônent un pouvoir fort et un grand nettoyage des « écuries d’Augias ». Nous banalisons des thèses qui ont une empreinte historique indélébile : un antisémitisme rampant devant l’ « envahissement » de certains secteurs par des personnes au nom à consonance juive, la xénophobie qui a trouvé dans l’islam le danger récurrent de l’ennemi qui va nous submerger, la diminution des solidarités sous prétexte que l’état providence favorise la fainéantise, le jugement sur les fonctionnaires qui gaspillent l’argent gagné par d’autres catégories professionnelles…etc.

Un regard sur la situation mondiale peut nous aider à relativiser l’impression d’être dans un pays où tout est mal géré. Une compréhension des enjeux de la lente construction européenne peut nous conduire à ne pas toujours faire de Bruxelles le bouc émissaire des problèmes hexagonaux. Une mise en perspective historique peut favoriser une analyse de fractures françaises qui étonnent les observateurs étrangers. Dans tous ces chantiers, la foi chrétienne doit nous libérer de préjugés, de réflexes identitaires, de peurs irréfléchies et de crispations sociales. La vie en société (et donc la vie politique) est faite de compromis qui ne sont pas nécessairement teintés de compromissions. De quelle espérance sommes-nous les témoins dans ces temps troublés de crise mondiale ?

S’il est essentiel de devenir les veilleurs d’une écologie humaine, il faut donner à ce terme toute la force que les derniers papes lui ont donnée en mettant l’homme au cœur de la question sociale. Comment repérer les structures de péché qui enferment l’homme et font des ouvriers des variables d’ajustement, dans le grand « Monopoly » contemporain ? Comment interpeller nos gouvernements pour que les engagements à l’égard des pays pauvres (en particulier africains) soient tenus ? Comment développer une conscience de l’impôt comme manière de travailler à la justice et à la cohésion sociale ? Comment développer le goût des métiers d’aide à la personne et plus largement les métiers de la fonction publique au service de la personne humaine ? Comment faire de la diaconie dans l’Église une réalité en donnant effectivement la parole aux plus pauvres ? Comment entrer plus profondément dans une économie de partage et de don (Benoît XVI y invitait dans sa dernière encyclique) ?

Oui, je me réjouis de voir autant d’énergie déployée par de jeunes chrétiens. Mais, je souhaite que cette énergie ne se laisse pas récupérer politiquement. Je souhaite également que l’on passe de la colère et de la dérision au dialogue respectueux avec toutes les composantes de la société. Les réseaux sociaux peuvent nous donner l’impression que la rue devient un peu partout le lieu normal de l’expression. Ne nous laissons pas prendre au piège connu dans les années 68 du diptyque : manifestation/répression… Ne nous laissons pas instrumentaliser…Par quelques gestes symboliques, le pape François nous convoque à l’essentiel.
                                                                                                     Jean-Marie ONFRAY

dimanche 26 mai 2013

la Trinité, l'autre voie...


Si je vous dis qu’on le trouve dans l’air que nous respirons quotidiennement. Qu’il inspire le plus souvent nos actions. Qu’il a émergé dans nos sociétés occidentales modernes grâce à un philosophe tourangeau qui un jour a prononcé le célèbre  « cogito ergo sum ». Et qu’il n’a cessé de développer son influence surtout au XXème siècle. – De quoi est-ce que je parle ?... A la fois décrié et en même temps adulé. Il permet aux meilleurs de se distinguer sur les plus hautes marches. Il justifie toutes revendications à réclamer des droits au risque d’oublier que nous avons aussi des devoirs. A cause de lui, on parle de la « fatigue d’être soi » ; et s’il offre à chacun une grande liberté, il apporte aussi avec lui le malheur de la solitude… De quoi est-ce que je parle ?...
L’individualisme. L’individualisme n’est pas à confondre avec l’égoïsme qui est « (…) un amour passionné et exagéré de soi-même ». Tocqueville au XIXè, le définissait comme « un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s'isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l'écart avec sa famille et ses amis; de telle sorte que, après s'être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même. ». Avouons-le, nous sommes pétris de cet individualisme qui anime notre société moderne pour le meilleur et pour le pire. Le dogme de la performance, le libéralisme politique et économique ont développé une culture de la réussite individuelle et ont mis en crise toutes les institutions (politique, religieuse…). Cette culture, notre culture porte en elle des richesses mais aussi de grandes insatisfactions.

L’Evangile offre une voie alternative au mode de vie individualiste. Cette voie se fonde sur le Mystère que nous fêtons précisément aujourd’hui : Le Mystère du Dieu UN en TROIS ! En effet, croire en ce Dieu-Trinité, c’est entrer dans une logique toute autre que celle de l’individualisme. Car tout d’abord, le Dieu révélé par Jésus n’est pas le dieu solitaire qui hante nos représentations : un dieu "célibataire qui s’ennuie derrière les étoiles"… ça c’est le dieu  horloger du déisme, de Voltaire, le dieu des philosophes des Lumières… NON ! notre Dieu est une communion de trois personnes. Encore une fois, ne nous trompons pas ; il ne s’agit pas de trois individus ! MAIS de 3 « personnes » : une « personne » ne se définit qu’en lien avec les autres /… Il n’y a donc pas 3 dieux / 3 individus « dieu » mais trois personnes qui ne sont et ne vivent que par et pour l’autre. Père/Fils/Esprit-Saint…


Dieu est communion d’amour (anti-narcissique et anti-individualiste). Voilà pourquoi ils sont TROIS et pourtant UN. Le propre de l’Amour, révélé par Jésus, c’est la réciprocité : aimer c’est recevoir et donner, se donner et accueillir l’autre qui est aimé. Si Dieu est amour alors il ne peut se replier sur lui-même. Car aimer c’est être et vivre pour l’autre et par l’autre, pour et par les autres, jamais par soi et pour soi.

Depuis le concile Vatican II, il y a 50 ans, l’Eglise s’est engagée de manière renouvelée sur la voie de la nouvelle Evangélisation. Porter l’Evangile, c’est offrir, aux hommes de notre temps, l’espérance de ce projet de Dieu notre Père de rassembler les hommes dans une même communion : chacun reconnu dans sa dignité et tous unis dans une même famille humaine. Croire en Dieu-Trinité conduit chacun à une profonde remise en cause de son mode de vie marquée par l’individualisme ! La question est : sommes-nous décidés réellement à cette CONVERSION ! « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » est la première parole de Jésus.

Le lieu privilégié, pour nous chrétiens, pour nous initier au Mystère du Dieu Trois en UN est l’EUCHARISTIE. Le concile Vatican II en parle comme d’une « source » et d’un « sommet ». En effet l’Eucharistie est la source de cette vie de communion avec lui en entre nous. L’Eucharistie est ce temps offert au Seigneur pour qu’il nous apprenne, dimanche après dimanche, à vivre cette COMMUNION, c’est-à-dire à vivre par l’autre et pour l’autre. Ainsi en recevant le don de sa vie donnée dans sa Parole et dans le Pain partagé nous apprenons à notre tour à livrer notre vie aux autres.
Chers enfants et vous chers parents, ne manquez pas ce rendez-vous privilégié du dimanche avec le Ressuscité, car le risque est grand de se laisser porter par le courant de notre société qui promeut plus l’individualisme que l’amour de communion. Décidons-nous à vivre de cette espérance dont Saint Paul nous dit qu’elle « ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5). Amen
Jean-Emmanuel GARREAU, homélie prononcée lors du dimanche de la Trinité, première communion, Eglise Notre-Dame la Riche

dimanche 5 mai 2013

neuvaine de prière à l'Esprit-Saint

Le dimanche 19 mai 2013, jour de Pentecôte, 41 personnes dont 3 étudiants de l'aumônerie étudiante recevrons l'Esprit-Saint lors de leur confirmation.   Pour vous préparer à cet événement et vous associer dans la prière à cette démarche, je propose cette prière à redire chaque jour pendant 9 jours, à partir du Jeudi de l'Ascension jusqu'à la veille de Pentecôte en vue d'être nous-même renouvelé dans notre foi grâce à une nouvelle effusion de l'Esprit Saint.

Seigneur Jésus, je crois fermement que tu es le Fils de Dieu fait homme. Je t’accepte dans mon cœur comme mon Seigneur, mon Sauveur et mon Dieu. Je te demande pardon de mes péchés. Je crois fermement en ta promesse de nous envoyer l’Esprit d’auprès de ton Père. Donne à toute l'Eglise ton Esprit Saint.

Plonge-nous dans cet océan de feu et d’amour, et donne-nous d’accueillir les dons et les charismes nécessaires pour être avec toi aux œuvres du Père dans l’Eglise et le monde. Merci Jésus de nous l’accorder, ta parole est vérité et ma foi en toi est entière.

Gloire à ton Père, et Gloire à ton Nom, Seigneur Jésus, éternellement. Amen. Alléluia


dimanche 28 avril 2013

La promesse d'un monde nouveau

     Qui ne connait pas le tube des années 80’ du groupe Téléphone : « je rêvais d’un autre monde… » Cette aspiration à « un autre monde » est bien dans l’air du temps, surtout en ces temps de crise… Cette aspiration d’un monde AUTRE est portée par des groupes aussi divers que les « Indignés », les « Altermondialistes », les « promoteurs de l’idéologie du progrès », et maintenant les « veilleurs »… les motivations sont différentes mais c’est la même prise de conscience que ce monde ne nous satisfait pas. Il y a en chacun de nous l’aspiration d’un monde meilleur, un monde plus juste. Ce n’est donc pas étonnant de retrouver cette aspiration profonde dans la Bible, dans cette histoire de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Nous la retrouvons comme un fil rouge qui traverse cette histoire sous la forme d’une PROMESSE ! Promesse qui au fil des pages s’affine pour dévoiler le visage de l’Homme-Dieu dont la Vérité s’expose dans le Crucifié et explose dans la Résurrection de Jésus. C’est ce qui est exprimé dans le dernier livre de la Bible – l’Apocalypse de Saint Jean – à travers cette vision qui nous est rapportée aujourd’hui : « Moi, Jean, j'ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle … la Jérusalem nouvelle». Saint Jean atteste que la mort et la Résurrection de Jésus vient combler l’espérance des hommes, espérance d’un monde nouveau où la mort et l’injustice n’auront plus place ! 
Photo : Bolivia

     Mais ne nous y trompons pas ! Ce monde Nouveau qu’ouvre Jésus par sa Résurrection renvoie dos à dos aussi bien ceux qui croient que l’histoire est une marche en avant uniforme vers le progrès, que ceux qui se réfugie dans le passé considérant l’histoire comme une lente et progressive descente aux enfers. L’émergence de ce monde nouveau inauguré dans l’événement de la Résurrection de Jésus n’est pas non plus sans faire trembler les puissants de ce monde. Car elle remet en question toute société fondée sur la puissance de forts et l’efficacité. Pourquoi ? parce que Dieu le Père, en ressuscitant son fils crucifié, nous redit avec force que le CHOIX de DIEU se porte sur les petits et les fragiles de ce monde. La Vierge Marie elle-même porte cette espérance « révolutionnaire » : « le Seigneur abaisse les puissants, il élève les humbles ».

    Je le redis une fois encore : un monde AUTRE, un monde NOUVEAU advient, en ce temps où nous sommes, comme le germe d’une révolution profonde. Comme le dit la bénédiction finale du jour du Pâques nous sommes invités à « suivre les pas du Ressuscité » pour faire advenir ce monde NOUVEAU. Mais ne nous trompons pas de combat. Ne nous trompons pas de « Révolution ». Jean-Paul II disait l’ « Amour est la seule révolution qui ne trahisse pas l’homme ». J’en viens donc à ce dernier point. 

      Pour suivre les pas du Ressuscité, Jésus dans l’Evangile nous donne un « commandement NOUVEAU » : «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». Le passage de l’Evangile de ce jour se situe juste après le geste du lavement des pieds. Un geste qui exprime l’EXTREME Amour que le Seigneur porte pour chaque homme. « Jésus ayant aimé les siens qui était dans le monde les aima jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême… » (Jn 13,1). 

       La promesse de cette civilisation de l’Amour qu’ouvre la Résurrection de Jésus s’enracine dans le « comme » - « comme je vous ai aimé » -, c’est-à-dire dans une expérience concrète, celle de l’amour que Jésus a déjà manifesté à notre égard. Aimer comme Jésus, c'est se mettre aux pieds de ses frères pour leur laver les pieds, c'est se faire leur serviteur. C’est tout l’enjeu de la démarche DIACONIA 2013

Suivre les pas du Ressuscité, jusqu’où cela nous mènera-t-il ? 

                                        jusqu’à aimer comme il nous aime… 

« En toute chose aimer et servir » 
C’est ainsi que nous serons ces témoins : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres ». Amen

P. Jean-Emmanuel, homélie du 5ème dimanche de Pâques, Tours